Le petit soldat

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  • Publié le : 5 mai 2010
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LE PETIT SOLDAT

« Le petit soldat : un déserteur de l'armée française est entré par curiosité dans un réseau d'espionnage. Mais il n'a plus envie de comploter. On l'y oblige. II est pris par les ennemis et torturé. II réussit à s'évader et à accomplir sa mission mais on assassine la femme qu'il aime. Résultat: l'homme devant sa liberté.
Il modifie son sujet, certes, par le traitement, maissurtout par la mise en scène . La caméra de Godard semble s'éparpiller dans tous les sens, sans raison, alors que ces courses incessantes ne sont autres qu'une fouille du réel. II cerne et cerne le réel jusqu'au moment où il a saisi la vérité. Et la séquence la plus révélatrice est celle où Michel Subor prend les photos d'Anna Karina : il lui parle de n'importe quoi et attrape littéralement lesréactions de son visage jusqu'au moment où il découvre la vérité de l'être qui est devant lui, l'être qu'elle ignore elle-même. C'est là le secret de l'art de Godard. Sur tous les plans. Découvrir la vérité qui se trouve au fond des êtres, au coeur de la foule, au coeur des villes, au coeur du monde. Et cela se termine par un admirable gros plan où l'homme se demande ce qu'il est, quel est sonvéritable visage. Cela est beau parce que nous nous rendons compte, nous, de son visage, de sa réalité, de sa vérité, par-delà lui-même, malgré lui. Il est livré sans défense à une caméra gloutonne dont il ignore le pouvoir. Cela est beau parce que nous nous trouvons, grâce au cinéma - et grâce au cinéma seulement - au coeur de l'homme. »

Jean Wagner"Présence du Cinéma ", décembre 1961

« Dans Le Petit Soldat, Godard, d'une part, en réunissant une chose et son contraire, prouve, s'il en était besoin, que la vie est plus riche que la pensée, de même que le cinéma l'est plus que le langage. (Très peu de poètes sont, en fait, parvenus à ce point de la création où dire une chose appelle toutes les autres et n'en pasdire une, les éveille toutes de la même façon.) D'autre part, en se traquant lui-même, en s'enfermant sans cesse dans un filet de citations et de références, en tâchant de se rendre étranger à lui-même pour pouvoir enfin se mettre en scène, il parvient du même coup et dans le même effort à mettre en scène autre chose que lui : Subor, une ville (j'en ai rarement vu, au cinéma ou ailleurs, qui soitaussi présente de toutes parts), la mort, la vie, l'amour, toutes choses bien sûr qui ne sont pas extérieures à Godard, mais qui apparaissent en plus de son propos sur lui- même, comme un contexte inséparable, une dimension à lui-même attachée et qui se manifeste en même temps que lui quand il se filme. »

Jean- Louis Comolli
"Cahiers du Cinéma", mars 1963

« Noirâtre, informe, ridicule, […] Lepetit Soldat ce n’est déjà plus Le mépris, c’est l’ennui : la mort sans phrase… »
Gérard Legrand
Positif, Juin 1963

Jean-Luc Godard dédie son film à l'auteur de "La Condition humaine"

Jean-Luc Godard parle à voix très basse, le regard dissimulé derrière des verres fumés.
Dans A bout de souffle, son premier film, les héros aussi se protégeaient avec la fumée de leurs cigarettes. Seprotéger de quoi ? Du monde ? De l'engagement ? Du conformisme ? Jean-Luc Godard craint tout cela. Engagé, il ne l'est guère.

- Si les concepts de "gauche" et de "droite" ont un sens pour vous, où vous situez-vous ?
- Je pense que les gens de gauche sont des sentimentaux. Ceux de droite ont des idées formelles. Comme je suis sentimental, je serais plutôt à gauche. Surtout par rapport à mesmeilleurs amis qui, eux, sont nettement à droite.

Jean-Luc Godard, comme on voit, n'est pas une conscience politique, et pourtant...
Pourtant, c'est lui qui vient de terminer en Suisse son second film Le Petit soldat, où il ose montrer, pendant une quinzaine de minutes, l'une des plaies de notre vingtième siècle. Il montre un homme subissant la torture.

- Pourquoi ce sujet ?
- Je me suis...
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