Le philosophe scythe

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  • Publié le : 4 mars 2010
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Le philosophe scythe

L’histoire racontée est celle d’un conseil mal compris, d’une "leçon" mal appliquée, de la transmission défectueuse d’un message ; ne pourrait-on pas alors formuler l’hypothèse que cette histoire reproduit la relation qui peut exister entre le fabuliste et son lecteur ? On imagine sans mal les incompréhensions qui peuvent se produire à partir des préceptes moraux contenusdans les fables, et on aurait ainsi une réflexion sous forme de bilan à propos d’une pratique d’écriture.
I - Un récit figurant la relation entre le fabuliste et son lecteur
a - deux personnages typés
* le Philosophe scythe est présenté comme un personnage en évolution ; certes, l’état initial est caractérisé par l’austérité, mais, pour un homme
"Se proposant de suivre une plus douce vie",cet état initial n’est pas l’objet d’un achèvement, d’une clôture, d’une autosatisfaction ; c’est l’ouverture dans la recherche de la "douceur", dans le voyage entrepris comme une quête, dans l’attention au monde, à la recherche de modèles de vie, d’exemples à suivre. Cette situation peut renvoyer à celle d’un lecteur acceptant le contrat de lecture implicite d’une fable, c’est à dire un désird’apprendre (pas nécessairement formulé), en matière de connaissances et de projet de vie.
* le Sage : personnage désigné par un adjectif substantivé, qui est à distinguer de "philosophe" : renvoie à la fois à un savoir sur le monde, mais aussi à une pratique concrète ; cela lui permet un discours et une pratique, et lui confère un statut de prédicateur possible.
En outre il est défini dans unerelation de proximité avec la Grèce, avec Virgile, avec la pensée épicurienne :
"homme approchant des Dieux,
Et, comme ces derniers, satisfait et tranquille."
Il a ainsi atteint l’idéal épicurien, selon lequel les dieux, parvenus à un bonheur éternel, sont des modèles à contempler. Dans sa personne se trouvent condensés des éléments en rapport avec un ensemble beaucoup plus vaste (toute la sagesseantique, et ce par quoi elle s’exprime, la littérature), à travers une relation métonymique. Cette densité est rendue manifeste par la longueur des éléments de phrase consacrés au sage.
b - au cœur du récit, un dialogue entre ces deux personnages
Ce dialogue peut se résumer à une question suivie d’une réponse, une demande d’explication que l’on satisfait ; la cohérence de ce dialogue est tout àfait remarquable : la question du Scythe est fondée sur un constat d’évidence, à partir d’un référent qui a été communiqué au lecteur auparavant ; il y a cohésion lexicale entre "ébranchoit, émondoit" (vers 10, le "référent" de la situation d’énonciation), et "mutiler" (vers 15, le discours du Scythe) ; la réponse du Sage s’inscrit dans cette cohérence "J’ôte le superflu" (vers 19) fait écho à"retranchoit l’inutile" (vers 9, le "référent") ; ce dialogue n’a donc rien d’aléatoire : il trouve sa nécessité dans l’expérience même de la vie ; on reconnaît là l’une des ambitions possibles d’un fabuliste. En outre, il se termine par une formule simple, aisément mémorisable :
"Le reste en profite d’autant"
explication dans laquelle le verbe à connotation positive "profite" tient lieu de raison.L’ordre des répliques confère à cette dernière sa supériorité, et cela est renforcé par les statuts respectifs des deux énonciateurs, comme cela a été précisé précédemment ; le deuxième raisonnement devient alors semblable à une leçon dont un écrivain voudrait imprégner l’esprit de son lecteur.
c - ce dialogue est caractérisé par une métaphorisation
Le mot "habitants" (vers 15, paroles du Scythe),précédé du verbe "mutiler", a de quoi alerter le lecteur ; apparemment, il s’agit d’une métaphore dans laquelle les branches des arbres sont l’élément comparé, les "personnes envisagées sous l’aspect de leur résidence" (dictionnaire) l’élément comparant ; cette métaphore est traitée de façon particulière : de manière implicite, elle se poursuit avec "la faux du Temps" (vers 17) et avec...
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