Le pib est-il un bon indicateur de bien-être ?

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  • Publié le : 28 mars 2011
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Si par PIB on entend « la valeur marchande de tous les biens et services qui se vendent dans le pays durant l’année plus le coût de la production des services non marchands dans les services publics » [1], alors, on pourrait considérer que le PIB est un indicateur très intéressant parmi bien d’autres.

Néanmoins, même s’il ne devait être qu’une mesure de la situation économique, il devraitquand même faire débat et intégrer quelques modifications fondamentales. En effet, dans l’état actuel, le PIB est, pour reprendre l’expression de C. Cabb, T. Haslstead et J. Rowe, « une machine à calculer qui additionne mais ne sait pas soustraire ». Et elle additionne de manière aveugle, considérant positivement, par exemple, les accidents de voiture, les marées noires, les maladies, les coûts de ladépollution, les dégâts des tempêtes, etc. Ce sont bien des coûts, mais faut-il pour autant les valoriser ?

Cette « machine à positiver » qu’est le PIB considère, finalement, et sans aucune nuance, que sont aussi utiles à la société des actions à valeur sociale ou sanitaire que des comportements dangereux, voire immoraux car elle valorise les échanges économiques et monétaires quels qu’ilssoient. « C’est une prime à la myopie, à l’amoralisme et l’incivisme, car l’amoralisme de l’économie devient une norme sociale et culturelle. Quand la rentabilité prime sur le bien public, c’est le cœur du processus éducatif qui est gravement perturbé » [2].
Mais si cette capacité à créer de l’homogénéité entre tous types d’échanges monétaires, par sa valeur comparative internationale entre autres,est une force, il faut convenir que la faiblesse du PIB tient en ce qu’il ne compte finalement que ce qui est comptable. Et ce raisonnement amène très logiquement à considérer que ce que l’on ne peut compter ne compte pas.

On peut citer quelques exemples : le travail domestique ne compte pas [3]. Le bien-être ou la bonne santé non plus. Avoir de l’air pur ou de l’eau potable pas plus. Ce quel’on produit soi-même n’a pas de valeur, tout comme n’ont pas de valeur l’amitié ou l’amour qui pourtant, à notre estime, ont chacun une valeur primordiale mais qui, il est vrai, ne peuvent être mesurés et, dès lors, aux yeux des comptables nationaux, ne comptent pour rien. Les effets inverses, « négatifs », sont par contre toujours répercutés dans le PIB. Citons à titre d’exemple le coût de ladépollution de l’eau, les dépenses de soins dues à un état dépressif, les dépenses en médicament pour soigner une mauvaise santé, …

Cela doit nous inviter à repenser le calcul du PIB pour, à tout le moins, y introduire des données relatives à la vie en société et, plus particulièrement, à une « bonne » vie en société. Mais en imaginant que ces modifications soient apportées, pourrait-on pour autantconsidérer que le PIB est un bon indicateur ?

En janvier 2008, le Président français, Nicolas Sarkozy, semble s’être posé cette même question. Et pour y apporter une réponse, il a décidé de mettre sur pied une commission, dénommée « Commission Stiglitz [4] », dont l’objectif est justement d’analyser les limites du PIB comme indicateur de performance économique et de progrès social. Cela résume enquelque sorte notre question de départ, à savoir : le PIB est-il finalement un bon indicateur, précisant ici que l’on parle du PIB comme un indicateur de performance économique et de progrès social ? (Et généralement, on joint à ces deux points celui du développement durable).

En créant cette Commission, le Président français met pour la première fois, à un niveau de pouvoir aussi élevé [5],en débat la question de la pertinence du PIB comme indicateur multifonctionnel. Et on peut d’ores-et-déjà considérer que, quelles que soient finalement les recommandations que pourrait faire cette Commission, c’est un premier grand pas qui est franchi dans l’analyse critique d’un instrument de mesure standard à portée « universelle ».

Cependant, même si l’on doit saluer l’avancée faite (et...
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