Le pin des landes

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  • Publié le : 14 décembre 2010
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Le pin de Gautier est humain et sa haute humanité s’éprouve par le scandale de sa
souffrance et la générosité (à tous les sens du terme) de son attitude.
Observons tout d’abord que la personnification du pin est de plus en plus affirmée jusqu’à
la comparaison avec le poète au dernier quatrain. Dans un premier temps, le pin n’apparaît
que comme un arbre, jusqu’à ce qu’au quatrième vers lepoète utilise à son propos les mots
« plaie » et « flanc » qui devraient caractériser un être animé (animal ou humain). Dans le
second quatrain, l’humanisation du pin s’accentue, toujours par le biais de termes inadéquats à
un végétal et, cette fois, propres à l’être humain exclusivement. Animé, humain, il devient
acteur doué de volonté et sujet de verbes d’action au troisième quatrain, et même unhéros, un
homme accompli, quand Gautier le compare au « soldat blessé ». C’est juste après que le mot
ambivalent « tronc » a rappelé que c’est sa verticalité physique qui le fait ressembler à un
homme, que les mots « droit » et « debout » représentent une verticalité morale, le signe de sa
dignité : le poème exhibe ainsi la transfiguration progressive qu’il met lui-même en oeuvre.
Lapersonnification du pin est d’emblée (avec sa « plaie » au vers 4) et constamment
associée à l’idée de souffrance et de dommage : le pin est humain en tant que victime. Dans le
deuxième quatrain, les quatre mots placés à la césure, « dérober », « bourreau », « dépens » et
« douloureux », présentent ostensiblement le pin comme la victime d’un crime crapuleux, ce
que souligne encore l’association par larime des mots « résine » et « assassine ». Dans le
troisième quatrain, l’assonance en ou donne à voir et à entendre le lent supplice du pin. Ce
phonème, qui apparaît au premier vers du quatrain avec l’expression « coule goutte à goutte »,
se retrouve dans tous les mots placés à la rime (« goutte », « bout », route », « debout »),
comme si la sève (et avec elle la vie du pin) s’écoulait lelong des vers. Chacun de ces mots
précise la rigueur du supplice infligé au pin, abandonné et exposé « sur le bord de la route » ;
les mots « toujours » et « mourir », qui comportent aussi ce phonème, rappellent le caractère
fatal mais héroïque de cette agonie, que résume, à la fin de la phrase, du quatrain et de ce
réseau, l’expression « mourir debout ».
Humain, le pin l’est aussi par sonabnégation et, à ce titre, il l’est plus que l’homme luimême.
Les deux quatrains centraux opposent nettement le second au premier à travers une
structure identique : un infinitif au premier vers, le deuxième vers s’ouvrant sur « L’homme »
et « Le pin », chacun étant sujet des verbes du quatrain qui lui est consacré. L’égoïsme cupide
et brutal de l’homme contraste précisément avec le don de soiauquel consent le pin : au
premier hémistiche du premier vers, « pour lui dérober » s’oppose à « sans regretter », au
premier du second, l’homme « avare bourreau » s’oppose au pin qui « verse son baume »,
opposition renforcée par le retour des consonnes « v » et « b ». Le pin se révèle ainsi une
victime consentante, qui souffre pour le bien de ses meurtriers. La comparaison avec le soldat
blesséprésente alors sa mort comme un sacrifice, sacrifice paradoxal puisque offert à
l’ennemi, à moins que l’ennemi, commun, ne soit justement la condition humaine.
Son humanité exemplaire met paradoxalement le pin à part des hommes, auxquels il se
donne et qui jouissent de lui ; en cela, il est la figure du poète.
Le pin apparaît comme seul fécond dans le désert du monde. Son apparition au premierquatrain s’inscrit dans une phrase restrictive (« On ne voit… d’autre arbre que… ») et se situe
dans un décor désolé. Les Landes, qualifiées de « désertes », sont comparées au Sahara : le
sol, « blanc », n’est pas caché par la végétation, le rejet du verbe « surgir » souligne que les
pins mêmes n’y sont pas fréquents. la végétation y est rare puisque le sol est visible. La rime
« désertes...
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