Le plus beau vers de la langue française, étude linguistique

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  • Publié le : 7 décembre 2011
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Le plus beau vers de la langue française est un poème en vers libres écrit par R. Obaldia ; les nombreux jeux sur la langue effectués par l’auteur font de ce texte une pièce intéressante à étudier sur le plan de la linguistique.

L’une des caractéristiques les plus flagrantes du texte est la modification orthographique & sonore de certains termes. L’expression « mes zinfints » (vers 2) incarneles deux transformations : tout d’abord, la liaison est écrite et donc accentuée par l’ajout du « z », mais en plus, le son [ã] a été troqué contre le son [ ]. La modification orthographique est, premièrement, assez surprenante, dans le sens où l’ajout du « z » n’est nullement nécessaire tant que le « s » final du mot « mes » est conservé ; le poète retirera d’ailleurs ce « z » quelques versplus tard (vers11) ; on peut alors se poser la question de l’intérêt de cet ajout. En outre il peut être affirmer que cette transformation ne traduit pas la volonté d’une retranscription phonétique puisque des lettres muettes, telles que le « -ts » terminant le mot « zinfints », sont conservées. La modification sonore est, elle aussi, tout aussi surprenante ; présente au sein de seulement quelquestermes du poème, tels que « infints », « grinds », « poite », elle pourrait être analysée comme une option de facilité afin d’aider à la réalisation des rimes, mais ce n’est pas le cas, puisque le poème est rédigé en vers libres ; en outre, la conservation du son initial aurait tout autant permis la rime, comme par exemple aux vers 27 et 28 où R. Obaldia a choisi d’écrire « quand vous serezgrinds/mes zinfints », où les vers « quand vous serez grands/ mes enfants » auraient convenus. Ces modifications laissent penser que l’auteur a voulu imiter un accent étranger où les sonorités grinçantes prédominent ; l’accent étant un point caractéristique de l’oralité, on comprend alors pourquoi ces mots surprennent moins l’oreille qui les entend que l’œil qui les lit. La capacité que doit déployer lelecteur pour comprendre le texte est d’ailleurs singulière : il lui est impossible de reconnaître de le mot puisque son orthographe, mais aussi sa valeur sonore sont bouleversés ; alors comment fait-il pour comprendre le sens de ce néologisme ? Utilise-t-il la proximité des sons ou devine-t-il ?

La modification de la valeur des sons selon l’alliance des consonnes et des voyelles est centraledans le texte de R. Obaldia. Il peut en effet être remarqué que le son [ ] prédomine dans le plus beau vers de la langue française ; pourtant la lettre « j », qui est initialement la seule à pouvoir produire ce son n’est présente qu’une fois : « le geai gélatineux geignait dans le jasmin ». C’est par la combinaison de deux lettres (le « g » et le « e ») que le français reproduit ce son qui existepourtant dans la seule lettre « j ».On en vient alors à questionner la valeur originelle de la lettre « g ». Celle-ci lorsqu’elle est prononcée seule, en tant que lettre de l’alphabet, incarne bien le son [ ] ; associée à un « e » elle conserve ce même son, mais lorsqu’elle est avec d’autres voyelles, alors elle revêt un son tout à fait différent : dans des mots comportant un « -ga », un « -go» ou un « -gu », la prononciation devient alors [ g ] et non plus [ ]. Le « g » serait donc une lettre modulable et victime des voyelles qui la suit. R. Obaldia met d’ailleurs en valeur cette prédominance de l’alliance des voyelles et des consonnes : aux vers 36 et 37 tout d’abord, puisqu’il énonce clairement ce mélange (« voyelles et consonnes sont étroitement liées ») et qu’il apporte lapreuve au vers suivant en ajoutant un « z » au début de chaque mot subissant une liaison (« les zunes zappuyant des zuns de leurs zailes »), tout en poursuivant l’explication à travers ce même vers. Mais la mise en valeur de la prédominance de cette alliance est aussi effectuée d’une façon plus discrète : dans son pastiche du plus beau vers de la langue française, « le geai volumineux picorait des...
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