Le poète est-il uniquement un exilé du monde

« Le poète est semblable au prince des nuées qui hante la tempête et se rit de l’archer ; Exilé sur le sol au milieu des huées, ses ailes de géant l’empêchent de marcher », c’est ainsi que Baudelaire décrit la condition du poète dans Albatros (poème II des Fleurs du mal) : il s’agit, pour lui, d’un être isolé, incompris et n’arrivant pas à trouver sa place dans la société. Ainsi, nous pouvonsnous demander si la condition du poète est uniquement celle d’un exilé dans le monde. Pour répondre à cette question nous verrons que le poète est, en effet, un être en marge du monde et un solitaire. Néanmoins, nous noterons qu’il n’en reste pas moins un homme capable d’exprimer d’autres sentiments que celui de l’exil. Nous terminerons en remarquant que, même si il a souvent une réputation demarginal, il n’en possède pas moins un rôle réel au sein de la société.

Certes, la condition du poète est celle d’un exilé dans le monde.
Dans un premier temps, cet exil peut être forcé, contre sa propre volonté. En effet, c’est le cas de Joachim Du Bellay qui nous fait part, dans les Regrets, de sa nostalgie pour la France qu’il a quitté depuis quatre ans pour être le secrétaire de son oncle àRome : cet isolement ne lui inspire, désormais, plus que du dégoût et des regrets « entre les loups cruels, j’erre parmi la plaine ». Mallarmé représente, quant à lui, dans « Brise marine », extrait de son recueil Poésies, le vide et l’absence qui hantent sa conscience : autre signe d’exil et de solitude. De plus, d’autres poètes évoquent par le nom même qui leur a été attribué des êtresproscrits de la société : ce sont les poètes maudits. Verlaine en est l’un des précurseurs avec par exemple Sagesse dans lequel il nous laisse entrevoir ses rêves de liberté et sa nostalgie de l’innocence. Il nous livre, en effet, une autre vision de l’exil plus en relation avec l’impossible à obtenir, l’irrévocablement passé. De même, Edward Allan Poe, un autre poète maudit, grâce à Rêve dans un rêvenous fait considérer celui-ci comme un exil dans lequel le poète entre involontairement puisqu’il est incapable d’obtenir ce qu’il y voit, comme séparé de cette réalité fictive par une frontière impossible à franchir. Ensuite, certains poètes ont aussi l’impression de se retrouver exilé dans le monde des adultes et regrettent l’innocence de leur enfance comme c’est le cas de Baudelaire qui exprimece sentiment dans de nombreux poèmes tel que Moesta et errabunda (poème LXII des Fleurs du Mal) : « comme vous êtes loin, paradis parfumé ! ». Enfin, cet exil se traduit également par un désaccord avec la société dans laquelle vit le poète ce qui entraîne son isolement, ou du moins, son isolement moral. Rimbaud marque très nettement cette différence grâce à son poème « les poètes des sept ans »extrait de son recueil Poésies dans lequel il confesse ses humeurs libertaires alors qu’il n’a que seize ans.
Ensuite, l’exil peut être désiré par le poète pour se différencier du reste du monde comme Baudelaire le souligne dans les Fleurs du Mal : « c’est le plaisir d’étonner et la satisfaction de ne jamais être étonné de rien ». Il montre ainsi sa volonté de ne pas être comme les autres, de s’enisoler. De plus, il éprouve le sentiment d’être maudit dès qu’il commence à écrire son recueil mais continue tout de même à rédiger ses célèbres poèmes, preuve que son exil sans être totalement désiré lui est nécessaire pour s’épanouir. En effet, ses poèmes sensés trouver une solution à son ennui l’isole le plus souvent encore d’avantage : cet aspect est parfaitement visible dans « le vin dusolitaire » (poème CVII) dans lequel il explique qu’il cherche à se guérir grâce à un tête-à-tête avec une bouteille d’alcool ce qui, bien sûr, est inutile et inefficace, ou du moins fait éprouver un sentiment tout à fait éphémère. Mais Baudelaire n’est pas le seul a s’exilé volontairement et a en éprouvé le besoin. En effet, Saint-Amant énonce « Oh ! que j’aime la solitude » dans son poème «...
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