Le pont mirabeau

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  • Publié le : 15 mai 2011
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Séquence initiale du roman : Roubaud contemple d'en haut la gare Saint-Lazare en train de fonctionner par un bel après-midi d'hiver. Le point de vue est interne à l'entreprise de chemin de fer, mais c'est celui d'un petit cadre, sous-chef de gare, satisfait d'appartenir à une vaste organisation bien rodée, attentif à la régularité et à la complexité de l'ensemble, qu'il a pour missionhabituellement de régir. Il n'est pas saisi en plein travail, mais dans un moment de repos où il peut aussi avoir un point de vue esthétique sur ce vaste univers sécurisant, où apparemment tout est prévu, fondé sur l'ordre, le progrès, l'exactitude. Les machines ne sont qu'une pièce d'un ensemble plus vaste.
A l'inverse la séquence finale montre une machine livrée à elle-même, en rupture avec cet ordre : lalocomotive folle lancée dans la nuit après que les deux cheminots qui la dirigeaient se sont entretués mène une foule d'hommes ivres et joyeux vers le massacre inéluctable, soit celui de l'accident ferroviaire, soit celui de la guerre.
Dans le roman, le chant à la gloire du progrès fondé sur l'organisation et la technique tourne au désastre, qui remet tout en question : la locomotive symbole duprogrès est un bête affolée à la puissance incontrôlable ; la vitessse est une course insensée vers la mort collective. D'un monde stable au mouvement réglé (Roubaud est immobile, dans un appartement et contemple d'en haut les déplacements autour de la gare) on passe à un monde traversé par une vitesse excessive, et l'ensemble des éléments du réseau ne sont signalés (gares, signaux, télégraphes)que pour mettre en valeur leur impuissance : l'animal-machine échappe à l'organisation rationnelle collective. Dans le film au contraire, l'éloge du travail mécanique des cheminots est continu de bout en bout : le travail va continuer, la tragédie individuelle ne contredit pas la loi du progrès. Les cheminots dans le film sont globalement solidaires, et la mort de Lantier ne résulte pas d'unconflit avec son second, celui-ci a tenté au contraire de le sauver. Ceci est souligné par l'identité de point de vue de la séquence initiale et de la séquence finale : le point de vue est identique, le mouvement aussi, la seule chose qui a changé est le comportement devenu irrationnel de Lantier. D'une certaine manière Pecqueux succède à Lantier en recevant l'ordre de remettre le train en marche.
Iln'y a pas de pessimisme collectif, Lantier apparaît uniquement comme une victime de problèmes individuels, de même que Roubaud, alors que dans le roman de Zola chaque homme est d'une façon ou d'une autre une "bête humaine", et qu'on a déjà assisté dans un chapitre précédent à une catastrophe ferroviaire ; le plan final du film est un cliché optimiste quoique pas joyeux : ces hommes qui marchent,même tristes, le long de la voie pour reprendre leur travail sur un fond de ciel clair sont bien sur le chemin du progrès. Dans le film de Renoir est radicalement absente l'image du "champ de massacre", récurrente dans la seconde partie du roman (accident, guerre). Ce n'est pas pour rien non plus que le film se termine sur un plan extérieur jour très lumineux quand le roman finit sur une nuit : lapromesse d'avenir a changé de sens.
3 Qu'est-ce qui a été gardé, transformé, retranché, ajouté dans le passage du roman au film ?
a) Le déroulement du film est plus linéaire ; il commence le jour de l'incident entre Roubaud et le personnage important. [Avez-vous remarqué un détail très daté ? Il est question dans la conversation d'un compartiment pour dames seules-- toute une époque !] Le roman aucontraire, contient plusieurs retours en arrière.
b) L'histoire du président Grandmorin est très simplifiée. Aucun arrière-plan politique [Renoir n'aurait pas pu mettre en cause le pouvoir en 1938, alors qu'en France il y a un gouvernement de Front Populaire, dont Renoir est proche, et qui est censé représenter les travailleurs : rien à voir avec le Second Empire] ; du coup, le personnage de...
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