Le populisme

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  • Publié le : 10 avril 2011
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Le peuple contre la démocratie : le populisme

Patrice Deramaix

L'élection présidentielle du 21 avril 2002 a démontré sans équivoque que le FN sort de la marginalité. Les termes de " populisme ", ou de " national-populisme ", replacent celui de " (néo) fascisme " pour qualifier cette formation politique. Des leaders populistes apparaissent sur la scène politique européenne. Leur programmemêle l'autoritarisme au libéralisme et utilise les inquiétudes populaires pour stigmatiser les immigrés, la mondialisation ou l'intégration européenne. Usant habilement des signes de la modernité médiatique, ces partis monopolisent, au détriment de la gauche politique, les inquiétudes suscitées par la mondialisation néo-libérale.

Dans son ouvrage " L' illusion populiste " (éd. Berg international,2002) , Pierre-André Taguieff procède à une analyse conceptuelle et à une étude comparative des discours et pratiques aboutissant à une sorte de phénoménologie du populisme. Nous tentons ici de rendre compte de l'essentiel de l'ouvrage avant d'aborder la signification et la portée des populismes nationalistes européens.

Aux sources du populisme : de l'idéalisation du peuple à la démagogienationaliste

L'appel au peuple apparaît comme le geste fondamental du populisme, ce qui permet son assimilation au paralogisme dit " argumentum ad populum " qui supposerait erronément que la vérité découlerait de l'assentiment populaire remporté grâce à un appel émotionnel. A ce titre, le populisme ne serait rien d'autre qu'une démagogie. Avant 1990, le vocable est peu usité, du moins hors duregistre savant qui se réfère essentiellement à un mouvement de revendication sociale qui apparut aux Etats-Unis en 1880 cristallisé dans un éphémère " parti populiste " en 1890 et au populisme russe, narodnichestvo, qui désigne le mouvement d'opposition des intellectuels russes au tsarisme, dans les années 1850-1880.

Mais depuis une décennie, le terme entre dans les médias sous le mode de ladénonciation : le populisme apparaît comme une figure du mal politique regroupant en son sein les maux de la passion politique : xénophobie, anti-élitisme, nationalisme, irrationalisme… Mais plus qu'une menace précise, le populisme est un des symptômes de la crise des démocraties représentatives dans le contexte de la mondialisation et de la construction européenne. Il incarne une corruption idéologiquede la démocratie, en révèle les dysfonctionnements et exprime une exigence de participation populaire sous le mode fusionnel d'un communautarisme national ou identitaire.

Peut-on admettre une unicité de l'attitude populiste ? Taguieff parcourt cette nébuleuse politique pour en constater l'extrême hétérogénéité. Sur un plan méthodologique, il distingue l'usage polémique du terme de son usagesavant, et constate la présence de l'acception péjorative dans le discours supposé descriptif des mouvement populistes.

L'usage actuel résulte d'une sédimentation des successives significations découlant de l'histoire des populismes. Le maccarthysme fut considéré comme un populisme. Il en est de même du poujadisme français. En Grande Bretagne, dans ces mêmes années (1950-1960) Enoch Powell, leaderd'un mouvement xénophobe et nationaliste, usait d'une rhétorique populiste proche de celui de J.-M. Lepen. Les références au populisme se raréfient dans la presse au cours de la décennie suivante d'autant plus que ces formations xénophobes, racistes ou nationalistes sont aisément assimilées au fascisme.

C'est après 1990 que le terme " populisme " se retrouve sur-employé. En fait, même si cespopulismes stigmatisés corrompent l'idéal démocratique en écartant l'égalitarisme qui y est sous-jacent, le populisme s'appuie à l'origine sur une idéalisation du peuple propre à un socialisme humaniste et réformiste (par opposition au révolutionnarisme communiste). En Amérique du Sud, le leader populiste est une figure archétypale de la vie politique : Perón en est un exemple historique...
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