Le pouvoir de la finance

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 6 (1457 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 16 juin 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
LE POUVOIR DE LA FINANCE
André ORLEAN

Auteur : André Orléan
Publication : 1999
Editeur : Odile Jacob
Nombre de pages : 275

Directeur de recherche au CNRS et co-responsable pour l'école Polytechnique du DEA « économie des Institutions », André Orléan est un spécialiste de la monnaie et des marchés financiers. Il s’intéresse en particulier à l’économie des conventions et à la théorie dela régulation des marchés financiers, notons d’ailleurs qu’il est membre du Conseil scientifique de l’Autorité des marchés financiers. Dans cet ouvrage, Le pouvoir de la finance, André Orléan remet en cause la théorie de l’efficience des marchés financiers et lui oppose l’idée d’une « auto référentialité des marchés » en s’appuyant sur les concepts élaborés par Keynes : les investisseurs « sesoucient moins des fondamentaux de l’économie que de l’opinion des autres », anticiper les réactions du marché étant le meilleur moyen de réaliser des profits à court terme. L’auteur met ensuite en avant l’impact en retour de cette évolution de la finance sur l’économie et la société. André Orléan montre comment la finance est en train de transformer le lien social en généralisant« l’individualisme patrimonial », remettant ainsi en cause la souveraineté des Etats.

La thèse de l’auteur est que la financiarisation, entendons le pouvoir grandissant de la finance, conduit à une redéfinition en profondeur des formes de la solidarité sociale vers un individualisme accru prenant la forme d’un « individualisme patrimonial ». C’est au sein de l’entreprise que s’est d’abord dessinée cette évolutionet qu’elle est aujourd’hui la plus visible, même si elle tend à se généraliser à l’ensemble de la société. Le processus de « financiarisation de l’entreprise » se traduit par une transformation de l’architecture organisationnelle de la firme selon une logique strictement contractualiste. Selon la théorie des contrats, les différents agents sont mus par la poursuite de leurs seuls intérêtspersonnels et la réalisation de contrats efficients permettrait une convergence de leurs intérêts individuels vers l’intérêt de la firme. Ainsi, l’alignement des intérêts des dirigeants sur ceux des actionnaires est obtenu principalement par le jeu de l’indexation des revenus sur les bénéfices de l’entreprise ou sur le cours de bourse (par le moyen des fameuses stock options). Comme le souligne AndréOrléan, la théorie des contrats se révèle bien moins convaincante quand à l’alignement des intérêts salariaux sur ceux des autres agents. Certes le développement de fonds d’épargne d’entreprise permettant aux employés de participer au capital de leur firme semble aller dans le sens du processus de financiarisation. Mais l’auteur ne manque pas de souligner l’opposition irréductible qui existe entreles intérêts salariaux et actionnariaux en prenant l’exemple du salarié ayant parfois avantage, en tant qu’actionnaire, à se licencier. L’auteur interroge la stabilité et l’efficacité de ce modèle d’organisation reposant uniquement sur le partage de la propriété du capital qui ferait converger (entendons vers l’intérêt des actionnaires) l’effort collectif et la coopération des employés. Il luioppose « une approche organiciste qui met l’accent sur le caractère irréductiblement collectif de l’activité productive », incarnée par le modèle allemand de co-gestion de l’entreprise par les salariés et les propriétaires. D’un coté la vision libérale d’une agrégation d’intérêts individuels par la réalisation de contrats, de l’autre l’idée d’une primauté de l’intérêt social de l’entreprise sur lesintérêts des différents agents (et en particulier des seuls actionnaires).

Parallèlement à ces transformations au sein de l’entreprise, la financiarisation conduit à une évolution similaire de la société vers un individualisme que l’auteur qualifie de « patrimonial », se substituant à « l’individualisme citoyen » qui prévalait depuis la Seconde Guerre mondiale. Cette évolution passe...
tracking img