Le pouvoir des fables

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Commentaires et analyses des fables de Jean La Fontaine par Chamfort . 1796.
V. 1. La qualité d'ambassadeur.
Ce M. de Barillon était l'un des plus aimables hommes du siècle-de Louis XIV. Il était intime ami de madame de Sévigné, à qui il disait : En vérité, celui qui vous aime plus que moi vous aime trop. Il avait te plus grand talent pour les négociations, comme on le voit dans les mémoires deDalrimple imprimés de nos jours ; mais de son temps, il ne passait que pour un homme de beaucoup d'esprit et un homme de plaisir. C'est qu'il méprisait la charlatannerie de sa place, et qu'alors cette morgue faisait plus d'effet qu'à présent.
Au reste , le Prologue que lui adresse ici La Fontaine me paraît assez médiocre ; mais la petite historiette qui fait le sujet de cette prétendue fable,est très agréablenient contée.
V. 65. Nous sommes tous d'Athènes en ce point....
Est une transition très-henreuse. Et quand La Fontaine ajoute qu'il s'amuserait du conte de Peau-d'âne , il peint les effets de son caractère. Il eut la constance d'aller voir , trois semaines de suite , Un charlatan qui devait, couper la tête à son coq , et la lui remettre; sur le champ. Il est vrai qu'il trouvaittoujours des prétextes de  différer jusqu'au lendemain. On avertit La Fontaine que le lendemain n'arriverait pas. Il en fut d'une surprise extrême.

Commentaires et observations diverses de MNS Guillon sur les fables de La Fontaine... - 1803.

(1) Seront-ils pas, C'étoit an siècle dernier un usage commun de retrancher la négative. Les exemples en sont fréquens dans La Fontaine. Molière : Vousavois-je pas commande' dé les recevoir ? ( Précieuses ridic. Acte I. sc. 4. ) Nous avons vu que. Thomas Cor neille s'étoit à la fin élevé contre cette dispense, et l'usage a confirmé la juste sévérité du poète.
(2) Que nos deux rois se lassent d'être amis. Le bon La Fon taine auroit désiré voir partout autour de lui la paix qui régnoit dans son cœur. Le vœu qu'il en exprime ici, il l'avoit déjàprononcé en terminant son septième Livre. ( Voy. plus haut, p. 68.)
(3) De combattre cette Hydre, etc. Quoique notre poète se fût bientôt dégoûté de la lecture de Malherbe, on voit qu'il lui en étoit resté bien des souvenirs. C'étoit une première passion. Ces beaux vers présentent les mêmes images que la première strophe de la fameuse Ode de Malherbe à Louis XIII, allant combattre les Rochelois. Onsait que l'Hydre étoit un serpent à plusieurs têtes, lesquelles renaissoient sous les coups d'Hercule , à mesure qu'elles étoient abattues. Ce Dieu voyant le fer impuissant, les combattit avec le feu, et vint à bout d'exterminer le monstre. On a depuis donné ce nom à tout obtacle ou ennemi qui se renouvelle à mesure qn'il est détruit.
(4) Son sujet vous convient. On ne fera pas aux dédicaces denotre Fabuliste les reproches que Voltaire a faits à celles du grand Corneille. Il n'y a rien ici qui sorte du caractère du personnage auquel l'éloge s'adresse , et de l'écrivain qui l'a fait. Il est tout simple de comparer un négociateur à Démosthène ; c'est lui rappeler le besoin et les ressources de l'éloquence. Il est en même temps très-delicat au Fabuliste de choisir Démosthène pour héros d'unapologue présente a on Ambassadeur.
(5) D'un art tyrannique. L'éloquence. parce qu'elle subjugue et entraine. L'antiquité avoit peint cet art sons l'emblème de la force elle-même , d'un Hercule jeune , plein de rigueur, tenant à la bouche un double rang de chaînes qui tombent et embrassent un grand nombre d'hommes accourus pour l'entendre.
(6) Tonna, dit ce qu'il put. Ardent, impétueux, etcependant toujours maître de lui-même, par la fécondité de ses ressources, comme il l'étoit des autres, par l'ascendant de son génie, ce grand homme devoit à l'étude et à la nature ce genre d'éloquence qui force les auditeurs à se reconnottre dans l'humiliante peinture de leurs fautes et de leur situation.
(7) L'animal aux têtes frivoles. Cette expression hardie,mais si vraie, appartient à Horace,...
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