Le pouvoir des fables

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  • Publié le : 16 juin 2010
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Jean de La Fontaine
Le Pouvoir des Fables (Livre VIII, 4)

Introduction

Du latin « fabula », la fable est un récit qui vise à transmettre une leçon, une morale, un précepte. Cette forme littéraire mêle donc divertissement et enseignement.

Le poète, romancier et fabuliste Jean de La Fontaine (1621-1695) est surtout connu pour ses fables à l’aspect didactique et philosophique. Dans celleque nous allons étudier, « Le Pouvoir des Fables », il parvient à intégrer deux fables dans une, afin de mieux dénoncer la légèreté parfois inconsciente des êtres humains.

Texte

Dans Athène(s) autrefois, peuple vain et léger,
Un orateur, voyant sa patrie en danger,
Courut à la tribune; et d'un art tyrannique,
Voulant forcer les cœurs dans une république,
Il parla fortement sur le communsalut.
On ne l'écoutait pas. L'orateur recourut
A ces figures violentes
Qui savent exciter les âmes les plus lentes:
Il fit parler les morts, tonna, dit ce qu'il put.
Le vent emporta tout, personne ne s'émut;
L'animal aux têtes frivoles,
Étant fait à ces traits, ne daignait l'écouter;
Tous regardaient ailleurs; il en vit s'arrêter
A des combats d'enfants et point à ses paroles.
Que fit leharangueur? Il prit un autre tour.
« Céres , commença-t-il, faisait voyage un jour
Avec l'anguille et l'hirondelle;
Un fleuve les arrête, et l'anguille en nageant,
Comme l'hirondelle en volant,
Le traversa bientôt.» L'assemblée à l'instant
Cria tout d'une voix: « Et Céres, que fit-elle?

- Ce qu'elle fit? Un prompt courroux
L'anima d'abord contre vous.
Quoi? de contes d'enfants sonpeuple s'embarrasse!
Et du péril qui la menace
Lui seul entre les Grecs il néglige l'effet!
Que ne demandez-vous ce que Philippe fait?»
A ce reproche l'assemblée,
Par l'apologue réveillée,
Se donne entière à l'orateur:
Un trait de fable en eut l'honneur.
Nous sommes tous d'Athènes en ce point, et moi-même,
Au moment que je fais cette moralité,
Si Peau d'Âne m'était conté,
J'y prendrais unplaisir extrême.
Le monde est vieux, dit-on: je le crois; cependant
Il le faut amuser encor comme un enfant.

I- Une forme littéraire efficace

A- Rapidité de la construction

Une grande partie de l’efficacité de la fable vient de son rythme rapide de développement.
Ainsi, en quelques vers (3 ici), nous sommes fixés sur le lieu et les circonstances, exposition renforcée par l’enjambement :« Dans Athène(s) autrefois, peuple vain et léger,
Un orateur, voyant sa patrie en danger,
Courut à la tribune; et d'un art tyrannique »

Des effets de transition et l’insertion d’une histoire dans l’histoire (mise en abîme) renforce cette rapidité dans l’efficacité.

Ensuite, l’apostrophe à la foule conduit à la faire enfin réagir :
« A ce reproche l'assemblée,
Par l'apologueréveillée,
Se donne entière à l'orateur: »

Après ces quelques procédés rapides et efficaces, la moralité peut être exprimée :

« Si Peau d'Âne m'était conté,
J'y prendrais un plaisir extrême.
Le monde est vieux, dit-on: je le crois; cependant
Il le faut amuser encor comme un enfant. »

B. Le divertissement

L’efficacité n’est cependant pas due qu’à la construction argumentative.

Elle vientaussi du fait que la fable opère comme un jeu qui fait appel à l’imagination et au plaisir. On y trouve ainsi le champ lexical qui correspond à cette idée : « amuser », « plaisir extrême », « enfant ». Elle permet de faire réfléchir en s’amusant, même s’il s’agit d’un public adulte. Le fabuliste montre ainsi que les hommes peuvent être éveillés, voire réveillés en opérant une rupture avec leurréalité. C’est d’ailleurs une technique que l’on retrouve dans l’utopie ou le conte philosophique.

Le divertissement et le plaisir rendent l’apprentissage plus fluide.

II-Humour et satire, fondamentaux de la fable

A. Caricature de l’orateur classique

L’image classique de l’orateur est disqualifiée ici, et tournée en dérision. Il est présenté comme « harangueur », ce qui permet de le...
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