Le preromantisme

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  • Publié le : 7 août 2011
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_Mme de Stael, De l'Allemagne
Jusqu'en 1803, Mme de Staël avait vu défiler l'Europe dans les salons parisiens. Certes elle avait traversé la France, l'Allemagne ou la Suisse, séjourné dans le Pays de Vaud et quelques mois en Angleterre ; mais la découverte n'était pas alors son but. Bonaparte, en changeant brutalement ses habitudes de vie, la conduisit à enrichir ses connaissances et sa pensée.Paradoxalement, sans lui, ni Corinne ni De l’Allemagne n'auraient existé. Cet exil interminable devait produire ces deux chefs-d'œuvre et, plus tard, un autre livre bien différent, resté inachevé, les Dix années d'exil, où elle voulait faire découvrir la Russie et — si elle avait pu l'achever — les royaumes du nord de l'Europe.
En effet, en octobre 1803, l'orgueil blessé de Mme de Staël chasséede France sans recours possible, puisqu'on la tient pour étrangère, lui fit choisir un voyage en Allemagne. Elle avait plusieurs buts ; l'un était de faire reconnaître en France et par le Premier consul qu'elle n'était pas n'importe qui. Sa situation mondaine, la célébrité de son père et la sienne propre lui assuraient l'accueil des cours princières, pour certaines prestigieuses. Son autre but,intellectuel, était né avec sa découverte progressive de la pensée allemande fort peu connue en France, à laquelle l'initiait déjà Guillaume de Humboldt. Celui-ci comprit très tôt qu'elle seule pourrait introduire et populariser des chefs-d'œuvre inconnus dans une France plutôt stérile sur le plan de la littérature et de la philosophie. Elle partit sceptique, elle revint émerveillée, ayant toutdécouvert à Weimar, un des carrefours allemands de la pensée, Athènes d'un nouveau genre, République des Lettres retrouvée, dont le souverain favorisait les génies littéraires. Le réseau européen de Mme de Staël allait s'enrichir considérablement.
Dès son départ, elle avait pensé écrire des « Lettres sur l'Allemagne », projet modeste qui grandira au fur et à mesure de son apprentissage. Au sens aigu del'observation des peuples, à la perception rapide des mœurs et des coutumes, des âmes aussi, elle ajoute le goût d'apprendre par la lecture et la conversation. Elle étudie l'allemand pour le lire et le traduire elle-même (on ne trouve guère alors que de rares et médiocres traductions). Elle rencontre les plus grands écrivains comme Schiller, Goethe, Wieland et bien d'autres. Elle ramènera, pluspour elle que pour ses fils, le déjà célèbre Auguste Wilhelm Schlegel qui, avec son frère, représente le Sturm und Drang, toute une part de l'Allemagne pensante. Arrivée en 1803, à peine éclairée sur les réalités d'outre-Rhin, elle accomplit un immense effort pour découvrir une nouveauté philosophique et littéraire très originale. Ces connaissances s'enrichiront les années suivantes, par lesinvitations à Coppet, par son séjour à Vienne et son second voyage en Allemagne.
Dans ce nouveau livre, aucune fiction ne vient influencer l'exposé. L'auteur parle sans aucun intermédiaire. Peut-être aussi ne se voit-elle pas situer un roman dans l'Allemagne, si pittoresque soit-elle ; l'objet de ses recherches ne s'y prête pas. Elle ne pense donc qu'à un projet didactique. Non sans crainte, elle s'yattaque au cours de l'été 1808 ; elle le terminera en 1810 après plusieurs rédactions, qui permettent de mesurer l'énormité de l'œuvre entreprise. Il fallait tout apprendre aux Français : l'aspect du pays (d'où une remarquable et pittoresque première partie dans une Allemagne enneigée, noire et blanche), son histoire, ses habitants. Le livre expose et analyse la découverte émerveillée d'unelittérature et d'une pensée, et culmine dans la dernière partie avec les admirables chapitres sur l'enthousiasme, prière et appel poétique et inspiré, qui évoque l'éloquence lyrique de Corinne.
En voulant présenter un pays ignoré, Mme de Staël prend la suite de De la littérature, qui appelait les Français à renouveler leurs modèles, à sortir des limites trop strictes du classicisme d'où bien peu...
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