Le problème de la mémoire dans vie de henry brulard (stendhal)

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  • Publié le : 20 mars 2011
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Quand Henri Beyle, plus connu de nous sous le pseudonyme de Stendhal, entreprend la rédaction de ses mémoires, Vie de Henry Brulard, il est âgé de cinquante deux ans. Son enfance est loin derrière lui, et sa mémoire n’a bien évidemment pas pu garder tous les événements de sa vie intacts, pourtant il parvient à faire ressurgir de l’oubli une grande partie de son enfance, sa jeunesse, et de sa vieen général. Il semble parvenir assez efficacement à surmonter l’oubli naturel dû au temps et remonter dans sa mémoire. Nous pouvons donc, à la lecture de ce texte, nous interroger sur le travail qu’effectue l’auteur pour vaincre l’amnésie.
Pour apporter une réponse à cette question, nous étudierons dans un premier temps en quoi il y a effectivement amnésie dans l’œuvre, y compris après ce travailde mémoire. Nous verrons ensuite les raisons pour lesquelles Stendhal entreprend ce travail sur le souvenir, et donc plus précisément ce sur quoi il concentrera son travail contre l’amnésie. Et enfin, nous nous pencherons sur les méthodes utilisées et les techniques de l’écrivain pour ramener ses souvenirs à la surface.

C’est le principe même de l’écriture de mémoires que de remonter dans lepassé. Et bien sûr, plus les souvenirs se rapportent à une époque éloignée dans le temps, plus ils sont imprécis. Mais Stendhal assume tout à fait cette part d’imprécision, d’incertitude, et va même assez souvent jusqu’à avouer son oubli complet de certains événements. Il ne prétend pas retranscrire les événements de façon précise et complète. Ainsi, il nuance à longueur de texte l’exactitude deses souvenirs par des formules telles que « Il me semble que », extrêmement nombreuses, dont il serait difficile de relever toutes les occurrences. Il met de cette façon l’éventuel lecteur en garde à propos de la précision de ce qui est évoqué, et ne donne pas les faits comme absolument certains. Nous pouvons percevoir, dans ce doute constant, la difficulté à se souvenir qu’éprouve l’auteur, etmalgré son travail, la plupart des événements de sa jeunesse restent couverts d’une brume plus ou moins épaisse. Il arrive également que l’auteur inscrive entre parenthèses « à vérifier », il exprime à certains moments une hésitation entre deux dates, les présentant toutes deux comme possibles, mais ne choisissant pas entre elles. D’autres fois encore, il anticipe les questions du lecteur pourreconnaître qu’il ne peut y répondre, notamment à la page 72 : « mais pourquoi ce monde ? à quelle occasion ? C’est ce que l’image ne dit pas. » Ou bien encore Stendhal prévient directement le lecteur qu’il n’est pas tout à fait fiable en déclarant explicitement qu’il est très possible qu’il fasse erreur dans les années et avance ou recule certains événements dans le temps. Il va même, et c’est le casle plus fréquent, jusqu’à affirmer tout net qu’il ne se souvient plus de telle chose, comme, par exemple, la physionomie de ses parents, confessant un oubli qu’il aurait pu passer sous silence en ne traitant pas du sujet. A travers tout cela, l’auteur montre une hésitation constante par rapport à ses souvenirs, et va parfois jusqu’à conseiller au lecteur éventuel la méfiance par rapport àl’authenticité des faits.
Et il explique ces oublis avoués, non seulement par le temps qui passe, et émousse inévitablement la précision de la mémoire, mais également par l’accumulation de souvenirs postérieurs. Cette accumulation est naturelle et liée au passage du temps, mais, dans la vie d’Henry Brulard, elle paraît parfois volontaire, comme moyen d’étouffer les souvenirs douloureux de son enfancemalheureuse à Grenoble. Il les a recouvert d’autres choses, qu’elles soient positives comme la ville de Milan efface sa ville natale (p.112), ou bien négative, comme plus loin dans le livre, la Restauration prend la place de la Tyrannie Raillane. Nous pouvons également observer, tout au long du livre, plusieurs passages où, se préparant à aborder un souvenir difficile, il retarde le moment de le...