Le récit de théramène dans phèdre

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  • Publié le : 20 mars 2011
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Dans la scène 6 du dernier acte de Phèdre, Racine développe un long récit dans lequel est racontée la mort du héros Hippolyte, injustement banni et maudit par son père. Ce long développement détaille l’horreur de cette mort tragique. Quelle est ici l’intention de l’auteur ? Pour répondre à cette question, nous étudierons d’abord les différents registres présents dans ce passage ainsi que leurimportance. Puis nous nous demanderons quel est le rôle de cette scène.

Avec ce récit commence la catastrophe au sens étymologique du terme grec qui signifie la fin, le dénouement.
On n’est donc pas surpris de trouver ici le registre tragique. « Ce héros expiré », c’est-à-dire qui est mort, doit sa fin à une fatalité imposée par les dieux. C’est constamment rappelé dans le texte. Au vers 20,d’abord, par Hippolyte lui-même : « Le ciel, dit-il, m’arrache une innocente vie. » Puis c’est Théramène qui, au vers 28, voit dans cette cette scène que « des dieux triomphe la colère. » Enfin Thésée fait chorus qui, au vers 31, évoque les « inexorables dieux. » On doit rattacher à cette série le terme « malheureux » qui, au vers 6, signifie victime des coups du sort, de l’inéluctable destin.
Autragique est souvent associé le registre pathétique, qui ne manque pas non plus ici. Ainsi, c’est au moment où Hippolyte est méconnaissable, qu’il n’est plus qu’un « corps défiguré » (v. 27), que son père le reconnaît comme digne de lui : « Ô mon fils ! », s’écrie Thésée. Ce père infanticide est pitoyable, de même que son fils qui meurt sans l’amour de son père, ce qui n’augure d’aucun repos pour sonâme après la mort, « pour apaiser mon sang et mon âme plaintive. » Enfin et surtout, ce châtiment tombe sur la tête de celui qui le méritait le moins ; cette contradiction est exprimée de façon saisissante dans le vers 20 dont les deux hémistiches opposent les deux termes : « Le ciel, dit m’arrache une innocente vie. »
Un autre registre attendu ici est le registre épique, indispensable à latragédie classique. Son exagération d’abord frappe les esprits : le sang du héros se répand sur les alentours au point de guider ceux qui tentent de lui porter secours, et c’est sur trois vers que Théramène l’évoque (v. 15-17). Le caractère héroïque d’Hippolyte participe aussi au registre épique : au seuil de la mort, ses propos sont maîtrisés, tant sur la forme que sur le fond. Son alexandrin rested’une régularité exemplaire et ses dernières pensées vont à son père, sans animosité, et à son amante, souhaitant à l’un et à l’autre réconciliation et apaisement : « Dis-lui qu’avec douceur il traite sa captive. »
Toute cette scène provoque chez les spectateurs internes des réactions diverses. Le registre lyrique est donc lui aussi bien présent. Théramène a vu grandir Hippolyte dont il a été leprécepteur ; on voit combien cette mort l’affecte. Il dit sa « douleur » au vers 4, il court vers le corps « en soupirant », ce qui, au sens classique, exprime une forte peine. La suite de l’escorte n’est pas en reste : « De nos cris douloureux la plaine retentit » ; ce vers 10 amplifie l’émotion des présents. La douleur de Théramène perturbe d’ailleurs son récit, l’interrompt aux vers 4 et 5 :« Excusez ma douleur. Cette image cruelle / Sera pour moi de pleurs une source éternelle » Le premier hémistiche du vers 4 est une didascalie interne : il signifie que Théramène s’est interrompu et s’en justifie. D’ailleurs la reprise est pénible et embarrassée : « J’ai vu, Seigneur, j’ai vu… » Les propos de Thésée ne sont pas moins perturbés à l’évocation de ces événements. Son premier vers n’a plus larégularité épique, mais s’énonce sur le rythme 3+9 syllabes : « Ô mon fils ! cher espoir que je me suis ravi ! » Les trois points d’exclamation sur les deux vers 30 et 31 montrent aussi l’afflux de ses émotions. Cependant celles-ci sont assez contradictoires ; dans le vers 30, Thésée semble s’accuser puisqu’il est le sujet du verbe ravir ; le vers suivant place au contraire les dieux en...