Le relativisme culturel

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  • Publié le : 2 avril 2011
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L'ethnologie est une discipline relativement récente des sciences humaines qui a fortement contribué à la connaissance des cultures non occidentales. Ce savoir a d'autre part substitué à l'ancienne anthropologie évolutionniste une nouvelle manière d'appréhender la diversité des cultures : le relativisme culturel. 11 découle de l'observation et de la connaissance des cultures étrangères. Ilaffirme comme un principe l'idée qu'il est impos¬sible d'attribuer des valeurs comparatives aux cultures, de les distribuer selon l'ordre hiérarchique qui va de l'inférieur au supérieur.
Comme d'une part chaque culture est un système de comportements et de valeurs, et comme d'autre part, on l'a vu, chacune se valorise aux dépens des autres, toute évaluation d'une culture est nécessairement jugementd'une culture par une autre et ne saurait correspondre à rien d'objectif ni à rien de vrai.
Le relativisme culturel récuse aussi par conséquent la classification historique des civilisations selon leur place dans la prétendue évolution ou développement de l'humanité. C'est la grande leçon de Lévi-Strauss qui a beaucoup fait pour diffuser l'idée que même les peuples qui n'ont pas progressé au sensoù on l'entend communément, c'est-à-dire surtout techniquement, ont quand même une histoire. Dès lors, il peut dire que l'« histoire cumulative» (le progrès) n'est pas le privilège d'une civilisation ou d'une période de l'histoire.
Mais surtout, ce sont les _cadres de notre perception qu'il faut changer. Quand bien même les sociétés occidentales cumuleraient davantage de progrès et d'innovationsque d'autres, ce que l'on peut difficilement nier à propos de l'histoire récente, encore faut-il résister à la tentation de penser l'histoire des civilisations en termes de progrès, comme s'il s'agissait de mesurer la distance qui sépare chacune d'une nature originaire. Au contraire,
« Le développement des connaissances préhistoriques et archéologiques tend à étaler dans l'espace des .formes decivilisation que nous étions portés à imaginer comme échelonnées dans le temps. »
(Race et histoire).
Lévi-Strauss entend penser la diversité des civilisations en. tant que telle. Il en finit avec l'idée de hiérarchie, qui correspond finalement à une philosophie historique selon laquelle il y aurait des peuples adultes et d'autres qui seraient restés dans l'enfance de l'humanité :
« En vérité,il n'existe pas de peuples enfants ; tous sont adultes, même ceux qui n'ont pas tenu le journal de leur enfance et de leur adolescence. »
Comme le disait déjà l'ethnologue américain Melville Herskovits, « il n'y a aucune raison de regarder aucun des groupes encore vivants comme nos ancêtres contemporains ». Aucune raison, par conséquent, d'appeler « primitif» aucun peuple actuel. Sachons nous ensouvenir lorsque la télévision diffuse un reportage sur les Aborigènes d'Australie ou une tribu d'Amazonie !
Avant l'apparition de l'ethnologie moderne, il existait une manière de relativiser le jugement porté sur les autres civilisations, et d'atténuer sa déformation ethnocentrique. Cela consistait à faire un usage critique de la diversité culturelle. Il s'agissait, par le jeu de la comparaison,de jeter un regard critique sur notre culture d'appartenance. C'est ainsi par exemple que pratique Montaigne (1533-1592). Dans le chapitre des Essais intitulé Les cannibales, et par un astucieux retournement, il tire profit de la pratique « barbare » de l'anthropophagie pour dénoncer la barbarie qui se déchaînait au même moment sous ses yeux en France lors des guerres de religion
« Nous lespouvons bien les appeler barbares, eu égard aux règles de la raison, niais non pas eu égard à nous, qui les surpassons en toute sorte de barbarie. »
Le barbare n'est pas celui qu'on croit ! On voit cependant les limites de l'argument. L'usage critique des différences, loin de déboucher sur l'affirmation du relativisme culturel, conforte la perception de l'autre comme barbare. A côté de la barbarie...
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