Le religieuse

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  • Publié le : 7 avril 2010
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L’auteur, par la voix de son personnage Suzanne, indique d’emblée qu’il va faire « la peinture » de la mère supérieure de Saint Eutrope : « Je ne saurais me refuser à l’envie de vous la peindre avant que d’aller plus loin ». En effet, Diderot excelle dans la description picturale de ce personnage. Le physique de la Mère supérieure nous est décrit de manière extrêmement détaillée, jusqu’à l’aspectde ses yeux. « [C’est] une petite femme toute ronde (…) sa figure est plutôt bien que mal ; ses yeux, dont l’un, c’est le droit, est plus haut et plus grand que l’autre, sont pleins de feu et distraits (…) » De plus, le physique de la Mère Supérieure est si lié au caractère de celle-ci (ou inversement), qu’à la peinture de son physique succède naturellement la peinture de ses attitudes puis deses « qualités » morales. Le rythme est volontairement haché, saccadé et les phrases ne connaissent pas de point. Ce rythme reflète l’inconstance du personnage, le désordre qui l’habite et la difficulté pour les autres à la saisir « quand elle marche, elle jette ses bras en avant et en arrière. (…) [Elle] est cependant prompte et vive dans ses mouvements : sa tête n’est jamais rassise sur sesépaules ; (…) Veut-elle parler ? elle ouvre la bouche, avant que d’avoir arrangé ses idées ; aussi bégaye-t-elle un peu. (…) elle lève sa guimpe pour se frotter la peau ; elle croise ses jambes ; elle vous interroge (…) : elle est tantôt familière jusqu’à tutoyer, tantôt impérieuse et fière jusqu’au dédain ; ses moments de dignité sont courts ; elle est alternativement compatissante et dure. » Viennentensuite quelques exemples de situations impossibles déclenchées par ce caractère inconstant qui illustrent parfaitement la vie des religieuses par rapport à cette Mère supérieure. Les fréquentes oppositions entre les termes « sa figure est plutôt bien que mal » « [ses yeux] sont pleins de feu et distraits » « elle est tantôt familière jusqu’à tutoyer, tantôt impérieuse et fière jusqu’au dédain » «[Elle est] compatissante et dure » expriment déjà les caractéristiques paradoxales du tempérament de la Mère supérieure. Une phrase résume également cet état de déséquilibre permanent : « il y a toujours quelque chose qui cloche dans son vêtement » en effet, l’auteur s’amuse ici à montrer comment le physique de la Mère supérieure, ses attitudes et son habillement reflètent en réalité ce quil’habite. « Sa figure décomposée marque tout le décousu de son esprit et toute l’inégalité de son caractère ». Cette métaphore empruntée au domaine de la couture semble mettre l’accent sur le lien qui existe entre l’être et le paraître de la Mère supérieure.
Ses pensées sont, quant à elles, sous entendues. En effet, l’auteur intègre à son récit, toujours à travers la lettre de Suzanne, trois scènes quiillustrent la manière de fonctionner de son esprit. Premièrement, Suzanne explique comment certains jours l’ordre de ce monde est bouleversé « il y avait des jours où tout était confondu, les pensionnaires avec les novices, les novices avec les religieuses ; où l’on courait dans les chambres les unes des autres ; où l’on prenait ensemble du thé, du café, du chocolat, des liqueurs ; où l’office sefaisait avec la célérité la plus indécente (…)» Nous constatons tout d’abord que le rythme reste le même, haché et saccadé.. La fluidité du récit perdure donc, malgré un rythme qui devrait pourtant briser la narration. La Mère Supérieure ne se comporte pas normalement, mais il semble que rien n’en soit pourtant affecté.
Aussi, lorsque Suzanne raconte comment soudain le comportement de la mères’inverse « au milieu de ce tumulte le visage de la supérieure change subitement, la cloche sonne ; on se renferme, on se retire, le silence le plus profond suit le bruit, les cris et le tumulte, et l’on croirait que tout est mort subitement. », le lecteur est subitement projeté à l’intérieur de la scène ; le temps verbal change, le présent de narration apparaît, alors que étions au passé et...
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