Le rituel anthropophage des tupinamba, jean de léry

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  • Publié le : 12 juin 2011
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Commentaire composé de l’extrait du Chapitre XV « Reprenant donc… » à « au col », page 365 à 368

La découverte de l’Amérique en 1492 dévoila au monde occidental de nouvelles cultures, mais elle souleva nombreuses questions, notamment en ce qui concerne les indiens et leurs moeurs. Au coeur de ces interrogations se trouve celle du cannibalisme, qui fascine et horrifie à la fois. De nombreuxauteurs s’y sont attachés, dont Jean de Léry, calviniste réformé du XVIe siècle qui relata le voyage qu’il fit au Brésil dans sa jeunesse. Léry ayant lui-même vécu parmi les indiens, son Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil est un véritable témoignage et décrit avec authenticité la vie quotidienne des brésiliens. Le passage étudié est issu du chapitre XV, intitulé Comment les Ameriquainstraitent leurs prisonniers prins en guerre, et les cérémonies qu’ils observent tout à les tuer qu’à les manger. La scène suit la description de la mise à mort, puis de la cuisson du prisonnier. Ces quelques paragraphes s’attardent sur le symbole et la raison même du repas des Tupinambas. De quelle façon Léry réussit-il à conserver un regard neutre devant une scène de cannibalisme terrifiante ? Cepassage est tout d’abord la description neutre d’un rituel anthropophage. Il est également un moyen pour Léry de s’attacher à la portée symbolique de l’exocannibalisme; pour conclure, cette scène est le reflet de la démarche même de l’auteur, celle d’observer, de comprendre et de comparer.
Léry invente dans ce passage le regard neutre et détaché des scientifiques, il sait décrire l’insoutenablede manière complètement dépassionnée, et a un grand souci d’exactitude, il décrit avant tout le rituel en lui-même. Le passage s’inscrit dans la lignée des précédents, qui décrivaient minutieusement le découpage, puis la cuisson du condamné à mort. Jean de Léry se place en observateur. Ethnographe avant l’heure, il décrit précisément tout ce qu’il voit, sans émettre de jugement, ou de commentaire.L’auteur commence par décrire la fin de la cuisson, et le comportement des indiens : à la ligne 4 de l’extrait : « étant derechef resjouis », « ils contemplent les pièces et membres de leurs ennemis ». Le caractère neutre de la description se voit dans le fait que la chair aurait tout aussi bien pu être celle d’un animal. En effet, on remarque d’une part la précision de ce qui est mangé chez leprisonnier, au milieu du paragraphe : « depuis les extremitez des orteils, jusques au nez, oreilles et sommet de la teste, est entièrement mangé par eux », et d’autre part, toute l’utilité des morceaux restants, c'est-à-dire la tête, les os et les dents, dont ils se servent pour effrayer, ou faire des flûtes. Tout comme il avait fait avec la tortue de mer au début de l’oeuvre, il explique à traversun regard neutre ce qu’il advient des carcasses. De même que pour la description de la tortue, Léry fait des analogies avec certaines images qui se rapprochent de la vie des occidentaux, comme par exemple la comparaison des colliers de dents avec un patenostre, un chapelet. Cette comparaison peu commune permet à Léry de faciliter la compréhension de ses lecteurs, mais également de rompre unecertaine distance avec ces moeurs. Il évoque également les cimetières, dans lesquels on trouve des têtes de mort : « comme on voit par deçà les testes de mort és cimetières ». On remarque l’art de l’écrivain pour faire peur à son lecteur grâce à ce procédé descriptif. Les faits macabres décrits avec précision impressionnent le lecteur, comme par exemple lorsqu’il fait l’inventaire des parties du corpsmangées par les Tupinamba. Le texte semble disséquer le corps, comme il est disséqué par les indiens. Léry fait surgir l’horreur dans son texte avec le goût des vieilles dames pour la chair humaine. En plaçant le corps dans le domaine de l’utilitaire(les os sont utilisés pour faire des flûtes) il renforce le côté horrifiant de l’acte. Les indiens déshumanisent leurs victimes. De la même manière...
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