Le rivage des syrtes, gracq

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  • Publié le : 23 décembre 2010
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Aborder Le Rivage des Syrtes par la cohésion de ses passages parallèles

Qui n'a été frappé à la lecture du roman le plus célèbre de Gracq par l'effet de surprise que constitue la rareté de son vocabulaire [1] ? Aujourd'hui le logiciel Hyperbase [2] permet non seulement d'y avoir un accès immédiat par interrogation de mot-clé (c'est là l'avantage pratique le plus visible du texte numérisé),mais aussi de disposer de statistiques lexicales, lesquelles servent à objectiver la sélection de ces mots vedettes par lesquels on décide d'entrer dans le roman.

Voici à titre de couleur initiale du roman la liste des 50 premiers mots statistiquement les plus spécifiques [3], par ordre décroissant – hormis les noms propres, les mots grammaticaux, et les verbes d'incises ("ajouta, reprit,dit"), écartés parce qu'ils ne sont pas indexés à des domaines sémantiques, non en raison d'un sens vide : Amirauté - voix - Seigneurie - forteresse - sent(a)is - yeux - vieillard - capitaine - lagune(s) - observateur - regard - navire - sembla(it) - redoutable - geste - chose(s) - palais - mer - visage - pouvais - instructions - soudain - maintenant - bateau - affaire - passerelle - lanterne -remarquai - sables - légèrement - conseil - sourire - nuit - silence - jetai - voulais - compris - posa - tête - joncs - miens - surveillance - savais - fièvre - cartes - police - humeur - ensommeillée - gens - imperceptiblement

Or entre ce type de données lexicales et l'abord de la textualité, il apparaît que le chaînon manquant est bien la contextualisation des mots, dont la chaîne de caractèresn'acquiert de contenu sémantique réel qu'à cette condition. Bref, par rapport aux requêtes logicielles, ce n'est qu'a posteriori que s'établit leur portée thématique, pour laquelle l'analyste ne peut se passer de parcours interprétatifs [4].

Certes en rapprochant dans cette liste par exemple "lagune(s) – mer – sables – silence – joncs" on dessine un espace désertique révélateur de "cetteincoercible vérité qu'une situation vide et morne porte en elle le principe secret du tumulte et de l'événement" (B. Boie, ibid. p. 1345), selon l'antithèse qui constitue l'enjeu du roman. Ce faisant, il apparaît que de telles pistes lexicales sont régies par une unification thématique, qu'analysent les isotopies, ici /vacuité/ + /dysphorie/.

Dès lors qu'est retenue cette optique, un dilemme tenaillel'analyste : soit il choisit de suivre en contexte des mots vedettes dont la pertinence provient de leur haute fréquence (par exemple le niveau sensoriel de "voix" créditée de 280 occurrences avec un écart réduit positif [5] de 25, et de "regard" crédité de 119 occurrences avec un écart réduit positif de 12, etc.), mais alors l'analyse exhaustive des occurrences pléthoriques devient vitefastidieuse et limitative ; soit il opte pour des entrées lexicales moins fréquentes, mais qui doivent alors trouver un autre critère de pertinence, notamment thématique. C'est bien sûr cette seconde alternative qui nous retiendra au long de cette étude. Ainsi en sélectionnant de tels mots vedettes, s'opère le tri herméneutique de leurs contextes. Il ne conserve que ceux qui présentent une similitude ouun contraste thématique avec les précédents, afin d'établir une cohésion, au sens sémantique du terme. Bref, dans cette optique on est bel et bien passé du niveau quantitatif au niveau qualitatif des occurrences énumérées.

De fil en aiguille, pour que se manifestent les passages parallèles [6] ainsi isolés au sein du roman, on se laissera guider par les corrélats lexicaux de ces mots vedettes(surtout s'ils reposent sur une cooccurrence statistique attestée par le logiciel – c'est sa commande Thème), sans craindre la complexité qu'impliquent les parcours interprétatifs et l'enchevêtrement de pistes lexicales induits. Le pari est qu'au lieu de la confusion on aboutisse au dégagement d'un thème, sinon central du moins "clé" car ouvrant à de nombreux passages parallèles, du roman. Auront...
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