Le roman de la momie

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  • Publié le : 19 avril 2011
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Le roman de la momie est une œuvre singulière de Théophile Gautier. Jouant à la fois avec les clichés du romantisme et de son exotisme inhérent (courant dont il est pourtant un des fondateurs) et le récit biblique, il a su créer une œuvre dont le genre change en cours de lecture, déroutant son lecteur. L’extrait analysé ici est celui de l’écartement de la Mer Rouge, épisode repris de la Biblequi, malgré le très court dernier chapitre, peut être considéré comme la véritable conclusion du roman. Dans cette analyse, nous verrons de quelle façon cet extrait occupe une place absolument centrale dans le roman et comment il met en scène l’écroulement final de l’empire égyptien au profit de Moïse et du peuple hébreu. D’abord, l’analyse du premier paragraphe permettra de mettre en valeur lapuissance des Égyptiens qui ne tardera pas à fléchir. Ensuite, nous observerons comment la débâcle de Pharaon s’organise autour des mouvements de la spirale et de la chute. Finalement, nous verrons quelques exemples stylistiques créant un fort clivage entre les deux peuples.
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La débâcle finale que connait Pharaon dans cet extrait estorganisée en trois mouvements. Dans le premier paragraphe, Pharaon est encore le roi puissant d’Égypte et il est présenté de façon magistrale et spectaculaire. Le paragraphe n’est composé que d’une seule phrase à la ponctuation compliquée et où les actions se multiplient. De cette ponctuation, on peut dégager une montée progressive de l’action, comme une montée d’adrénaline. Ce segment commence par parlerde la crainte des Égyptiens face à la poursuite des Hébreux. Une virgule, puis un point-virgule viennent ralentir l’action, de la même façon que l’armée égyptienne s’arrête un instant avant de poursuivre leur chasse, hésitant. Après ce point-virgule, la conjonction mais montre une opposition entre les Égyptiens et le pharaon. Le narrateur souligne son « courage altier que rien ne pouvait abattre »qui lui fait entreprendre cet assaut final alors que son peuple, « Effrayé par ce miracle » n’ose pas poursuivre les Hébreux.
À partir de ce moment, les virgules se multiplient, mais cette fois, elles servent à énumérer une multitude d’actions. Au lieu de ralentir l’action comme c’était le cas au tout début du paragraphe, elles créent une précipitation des événements. Les verbes d’action sesuccèdent et sont tous connotés d’un certain empressement et de violence : « poussa », « cambraient », « renversaient » . Vient alors une proposition particulièrement forte qui illustre bien l’intensité presque absurde de Pharaon : « les fouaillant à tour de bras de son fouet à double lanière » . Ce segment offre une véritable gradation d’intensité. D’abord, le verbe fouailler signifie battre à coupde fouet; pourtant, le texte spécifie tout de même que c’est de son fouet que Pharaon fouaille ses chevaux. Ce pléonasme est utilisé ici comme figure de style pour montrer l’extrême violence de Pharaon. C’est de surcroît « à tour de bras » que les chevaux sont fouettés et, venant clore la gradation, le narrateur spécifie bien qu’il s’agit de fouet « à double lanière », donnant l’impression quetoute la force mise en place par le pléonasme est doublée au final.
Cette proposition est suivie par une très forte description de Pharaon : « les yeux pleins de sang, l’écume aux lèvres, rugissant comme un lion dont la proie s’échappe » . Plus proche de la bête que de l’homme, Pharaon semble ici avoir perdu tout contrôle sur lui-même. Mais au-delà du rapprochement entre le lion et la sauvagerie,on peut voir ici une référence à la mythologie égyptienne, mythologie qui est d’ailleurs incarnée dans le personnage de Pharaon tout le long du roman. En effet, le lion est une figure récurrente dans le panthéon égyptien, il n’y a qu’à penser au Sphinx. Mais ici, l’image de cette mythologie est associée à la bestialité et à la fureur, dévalorisant ainsi sa gloire sur le point de s’achever en...
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