Le roman de la momie - théophile gautier - la découverte de tahoser

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  • Publié le : 28 décembre 2011
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INTRODUCTION:

C’est entre des chevelures d’or et des parfums d’Orient que le cœur du « bon Théo » tanguait. De large en large, il s’évaporait vers l’écume exotique de la vague Orientaliste du XIXème siècle. De Flaubert à Baudelaire, en passant par Nerval et Hugo, les pères du Romantisme se sont laissés enivrer par le plus délicieux et ambitieux des voyages. Celui de la quête de rivageslointains et peu connus, un monde où sensualité, liberté des corps et des pensées sont à l’honneur. C’est ainsi que « l’Orient a été créé par l’Occident » et pour Edward W. Said : « l’Orient a presque été une invention de l’Europe, depuis l’Antiquité lieu de fantaisie, plein d’êtres exotiques, de souvenirs et de paysages obsédants, d’expériences extraordinaires ». Les fresques de l’Empire du Levant ontété peintes et sont devenues des contes où les fantasmes d’un ailleurs au caractère Merveilleux se sont propagés dans tout l’Occident dès le IIème siècle avant J-C : «aucun ambitieux ne pouvait ignorer qu’Hérodote, l’historien, le voyageur, le chroniqueur à la curiosité inépuisable, et Alexandre, le roi guerrier, le conquérant scientifique, étaient déjà passé par là ». Nous comprenons en cela,que les déserts éveillent les sens. L’homme avide de pouvoir, dont Napoléon Bonaparte avec son expédition en Egypte de 1798, se cogne aux mirages d’un Orient mouvant et ce, depuis plus de mille et une nuits. C’est ainsi qu’une passion enivrante emballe la société française et en particulier les bourgeois qui, dans leurs salons, n’hésiteront pas à se vêtir des plus beaux atours dignes des émirs. Lesarts se mêlent au mouvement et se laissent aller à la liberté des gestes et des pensées. La littérature et la peinture s’orientent vers des voyages imaginaires où écrivains et peintres fantasment sur les paysages et la poéticité d’un royaume encore inconnu. Ils s’approprieront les images topiques d’un pays encore obscure, dans des romans à la fois historiques et fantastiques. C’est ainsi que lafemme, muse de toutes les plus grandes figures du Romantisme, devient une momie aux allures de femme-fatale quasi-vivante et prisonnière de la mort. C’est en ce sens que « le poète impeccable », comme l’a si bien écrit Baudelaire concernant Théophile Gautier dans la dédicace de son œuvre far Les Fleurs du Mal, va suivre toute cette lignée et se distinguer dans les œuvres Orientalistes. Avec sonRoman de la momie, paru en 1858, Gautier nous plonge dans une expédition trépidante mélangeant découverte archéologique et histoire de l’ancienne Egypte aux caractères religieux, le tout se fondant dans un personnage principal atypique : Tahoser. L’auteur nous entraine ainsi dans une aventure originale où le prologue fait voyager le lecteur dans les abimes de la science archéologique au côté de lordEvandale (jeune aristocrate anglais) et du docteur Rumphius (savant allemand). Ces-derniers vont découvrir une tombe inviolée grâce à l’aide d’un chercheur grec nommé Argyropoulos. Depuis plus de 3500 ans, nul n’a franchi le seuil des chambres funéraires où repose le sarcophage d'un Pharaon. Mais quand les deux hommes ouvrent le couvercle de basalte noir, ils trouvent à leur grand étonnement, lamomie parfaitement conservée d'une jeune femme magnifique, qu’ils emmèneront dans la cange amarrée sur le Nil.

Nous étudierons précisément ce moment de découverte, passage clé de l’œuvre, en nous interrogeant sur l’articulation de cette scène que nous pouvons, par hypothèse, définir comme étant une peinture de secret et d’occultisme d’une Egypte fantasmée, où la femme macabre devient l’égérie duBeau lyrique, entre Orientalisme et Romantisme.

C’est d’abord dans un cadre poétique que nous nous retrouvons. En effet, pour Gautier « la mort est multiforme » et à travers cette peinture morbide nous faisons la rencontre d’une martyre prisonnière du temps. Comme le clame si bien Alphonse de Lamartine, ce temps va suspendre son vol pour nous faire voyager vers un onirisme pur où la momie...
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