Le romantisme et les nations

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  • Publié le : 6 octobre 2010
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Le romantisme et les nations.

Dans les Leçons sur la littérature et l'art qu'il rédige entre 1801 et 1804, Schlegel définissait le romantisme comme "la poésie des grandes nations de l’Europe moderne". Définition séduisante que ne semble pas démentir la parution en 1807 du Discours à la nation allemande de Fichte, mais qui présente l'inconvénient de réduire l'acception romantique de la nationà l'organicisme allemand sans accorder aucune place, par exemple, au romantisme libéral du mouvement philhellène (pro grecque). Mouvement européen en ceci qu'il touche l'ensemble des pays situés de l'Atlantique à l'Oural, le romantisme entretient avec l'idée de nation comme avec celle de conscience européenne, des rapports ambivalents. S'il participe bel et bien de la création de ce quel'historienne Anne Marie Thiesse des identités nationales au 19eme siècle, l'aspiration du romantisme à l'émancipation des peuples qui précipite les révolutions de 1848, le romantisme est aussi le vecteur d'un dualisme identitaire partagé entre le national et l'universel.

I] Le romantisme, une "phase de la vie intellectuelle de l'Europe". (Paul Van Tienghen)

A. Un romantisme européen

Bienqu’obéissant à des temporalités différentes, les thématiques propres au romantisme et ses modes d’expression privilégiés se retrouvent partout en Europe, soit à partir de la fin du XVIIIe siècle, soit au cours du XIXe siècle. Il constitue à ce titre un mouvement inter, si ce n’est transnational. Si l’Allemagne et l’Angleterre font figure de berceaux du romantisme, avec l’affirmation précoce d’unesensibilité Strum und Drang et les écrits de Burke sur le sublime, le romantisme fait aussi école en Italie, après 1816, en France à partir de l’année 1820 surtout, mais également en Russie, en Pologne ou en Espagne. Pouchkine fait ainsi paraître, en 1831, Boris Godounov, Adam Mickievicz en 1834 Messire Thadée, tandis qu’en Espagne le romantisme s’affirme à travers les œuvres de Larra, Espronceda, Martinezde la Rosa ou du duc de Rivas.

B. Les influences réciproques
Le caractère européen du romantisme tient à la vitalité des échanges culturels entre les élites du continent, dont les membres pratiquent fréquemment plusieurs langues et à l'essor des voyages. Les exemples attestant d'influences croisées sont innombrables Ces influences s'affirment d'autant plus facilement qu'elles sont encouragéespar les représentants du romantisme. À Coppet, Mme de Staël prône la relativité du beau et l'universalité d'un art qui ne peut naitre de l'imitation des classiques mais d'un enthousiasme et d'un gout pour les réalités contemporaines. Elle fait paraitre en 1807 Corinne ou L'Italie, puis en 1810, De l'Allemagne, deux ouvrages qui assurent la diffusion en France de modèles étrangers. Autreexemple, celui de Pouchkine, qui s'initie à la poésie en pastichant un ouvrage de Byron intitulé Les heures de loisir, paru en 1807. En 1837, mentionnant encore l'exemple de Georges Sand, qui reprend les noms donnés par Goethe aux personnages de son Faust pour nommer ceux de la nouvelle intitulée Les 7 cordes de la lyre. Deux ans plus tard, dans son essai sur le drame fantastique, cette même GeorgesSand, grande lectrice d'Ann Radcliffe cite plusieurs fois Goethe, mais aussi Byron et Mickiewicz, avec lequel elle entretient d'ailleurs une correspondance, au point d'avoir corrigé elle-même le drame de ce poète polonais intitulé Les confédérés de Bar.

II] Le romantisme, un dualisme identitaire.

A. Le romantisme et l'invention des identités nationales.
Chaque romantisme a puisé auxsources d'un terroir et d'une "âme" ancrée dans une tradition que le XIXème siècle fabrique à mesure qu'il l'invente. A ce titre, le romantisme participe de la construction des identités nationales par l'importance qu'il accorde aux langues vernaculaires, par son exaltation des génies nationaux, et par sa préférence pour l'épopée et le roman historique. Chopin, par exemple, a hanté les villages...
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