Le rouge et le noir livre 1 chapitre 10

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  • Publié le : 11 avril 2011
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Commentaire composé : Stendhal : Le rouge et le noir : Livre I chapitre 10

Texte étudié :

A partir de "Cette méditation sur ce qui avait pu faire peur à l'homme..." jusqu'à la fin.

Julien est désormais engagé comme précepteur des enfants de M. de Rênal. Quelques semaines ont passé et un jour Julien réalise qu'il vient de gagner une double victoire sur M. de Rênal : il a réussi àdissimuler un portrait de Napoléon dans sa chambre alors qu'il vit chez M. de Rênal, un royaliste ; il a réussi à obtenir une augmentation de salaire assez facilement, en exerçant un chantage sur Monsieur de Rênal. Pour faire le bilan de cette journée victorieuse, il prétexte un retour à Verrières pour aller marcher tout seul dans la nature.

Julien s'échappa rapidement et monta dans les grands bois parlesquels on peut aller de Vergy(1) à Verrières. Il ne voulait point arriver sitôt chez M. Chélan. Loin(2) de desirer s'astreindre à une nouvelle scène d'hypocrisie, il avait besoin d'y voir clair dans son âme, et de donner audience à la foule de sentiments qui l'agitaient.

– «J'ai gagné une bataille, se dit-il aussitôt qu'il se vit dans les bois et loin du regard des hommes, j'ai donc gagnéune bataille !»

Ce mot lui peignait en beau toute sa position et rendit à son âme quelque tranquillité.

– «Me voilà avec cinquante francs d'appointements par mois, il faut que M. de Rênal ait eu une belle peur. Mais de quoi ?»

Cette méditation sur ce qui avait pu faire peur à l'homme heureux et puissant contre lequel une heure auparavant il était bouillant de colère, acheva de rasséréner(3)l'âme de Julien. Il fut presque sensible un moment à la beauté ravissante des bois au milieu desquels il marchait. D'énormes quartiers de roches nues étaient tombés jadis au milieu de la forêt du côté de la montagne. De grands hêtres s'élevaient presque aussi haut que ces rochers dont l'ombre donnait une fraîcheur delicieuse à trois pas des endroits où la chaleur des rayons du soleil eût renduimpossible de s'arrêter.

Julien prenait haleine un instant à l'ombre de ces grandes roches, et puis se remettait à monter. Bientôt par un étroit sentier à peine marqué et qui sert seulement aux gardiens des chèvres, il se trouva debout sur un roc immense et bien sûr d'être séparé de tous les hommes. Cette position physique le fit sourire, elle lui peignait la position qu'il brûlait d'atteindre aumoral. L'air pur de ces montagnes élevées communiqua la sérénité et même la joie à son âme. Le maire de Verrières était bien toujours, à ses yeux, le représentant de tous les riches et de tous les insolents de la terre; mais Julien sentait que la haine qui venait de l'agiter, malgré la violence de ses mouvements, n'avait rien de personnel. S'il eût cessé de voir M. de Rênal, en huit jours ill'eût oublié, lui, son château, ses chiens, ses enfants et toute sa famille.

– «Je l'ai forcé je ne sais comment, à faire le plus grand sacrifice. Quoi plus de cinquante écus par an ! un instant auparavant je m'étais tiré du plus grand danger. Voilà deux victoires en un jour; la seconde est sans mérite, il faudrait en deviner le comment. Mais à demain les pénibles recherches.»

Julien, debout surson grand rocher regardait le ciel embrasé par un soleil d'août. Les cigales chantaient dans le champ au-dessous du rocher; quand elles se taisaient tout était silence autour de lui. Il voyait à ses pieds vingt lieues de pays. Quelque épervier parti des grandes roches au-dessus de sa tête était aperçu par lui, de temps à autre, decrivant en silence ses cercles immenses. L'oeil de Julien suivaitmachinalement l'oiseau de proie. Ses mouvements tranquilles et puissants le frappaient, il enviait cette force, il enviait cet isolement.

C'était la destinée de Napoléon, serait-ce un jour la sienne ?

1-Vergy : petite ville du Jura où la famille de Rênal passe ses vacances d'été.
2-M.Chélan : c'est l'abbé Chélan curéde Verrières.
3-Rasséréner : apaiser, calmer.

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