Le salariat en france

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  • Publié le : 19 août 2010
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www.fakirpresse.info - Hors-série - 2010

Numéro spécial :

le hold-up tranquille

De l’argent, il y en a !

«

C’est le point aveugle du débat économique. Une donnée clé, et d’autant mieux cachée par les grands médias : de toutes les richesses produites en France, les salariés récoltent, aujourd’hui, d’après l’Insee, 9,3 % de moins qu’en 1983 – autant qui va en plus auxactionnaires. Soit plus de 100 milliards d’euros par an…

La part des profits est inhabituellement élevée à présent (et la part des salaires inhabituellement basse). En fait, l’amplitude de cette évolution et l’éventail des pays concernés n’ont pas de précédent dans les 45 dernières années. » D’où sont tirées ces lignes ? On croirait une communication de la CGT ? Ou un discours d’Olivier Besancenot ? Aucontraire : ce passage est extrait d’un article de la Bank for International Settlements. La Banque des règlements internationaux. Une institution qui réunit chaque mois, à Bâle, en Suisse, les banquiers centraux pour « coordonner les politiques monétaires » et « édicter des règles prudentielles ». Dans leur Working Papers, n°231, daté de juillet 2007 et titré « Global upward trend in the profitshare » (« Hausse tendancielle mondiale de la part des profits »), eux insistent pourtant sur les « hauts niveaux de la part du profit inhabituellement répandus aujourd’hui », sur cette « marge d’une importance sans précédent », sur cette « preuve à la fois graphique et économétrique d’un fait particulier concernant le partage des revenus dans les pays industrialisés : une poussée à la hausse dela part des profits au milieu des années 80, ou son pendant: une poussée à la baisse de la part des salaires » et ainsi de suite sur vingt-trois pages. Ce sont donc les financiers eux-mêmes qui dressent ce constat, avec étonnement : jamais les bénéfices n’ont été aussi hauts, jamais les salaires n’ont été aussi bas, un déséquilibre inédit depuis au moins un demi-siècle et vrai pour l’ensemble despays industrialisés. Et cette analyse ne souffre d’aucune contestation : d’après le Fonds monétaire international (FMI), dans les pays membres du G7, la part des salaires dans le Produit Intérieur Brut (PIB) a baissé de 5,8 % entre 1983

milliards d’euros, crise oblige). Une vingtaine de fois celui des retraites (7,7 milliards d’euros). Des « trous » amplement médiatisés, tandis qu’on évoquemoins souvent celui, combien plus profond, creusé par les actionnaires dans la poche des salariés… « C’est un hold-up géant dont on ne parle pas, ça ? – Oui, sauf que, tempère Jacky Fayolle, le mot hold-up est trop brutal pour parler d’un changement qui cumule tout un ensemble de facteurs : le poids du chômage, les politiques économiques, les changements de la gouvernance des entreprises depuis unevingtaine d’années. » Ces 9,3 %, par le gigantisme des sommes en jeu, des centaines de milliards d’euros, devraient s’installer au cœur du débat. Quand Nicolas Sarkozy intervient, à la télévision, et déclare que « si nous voulons sauver notre système de retraite, nous ne pouvons plus différer les décisions. Tous les chiffres sont sur la table », un chœur devrait s’élever dans le pays citant unchiffre qui n’est pas « sur la table » : 9,3 %. Quand le même revient à la télé, et déclare qu’« il faut plus d’argent contre Alzheimer, plus d’argent contre le cancer, plus d’argent pour les soins palliatifs, mais où est-ce qu’on les trouve ? Où est-ce qu’on les trouve ? », on pourrait lui apporter la solution : qu’il retrouve ces 9,3 % dans les portefeuilles de ses amis du Fouquet’s. Toute lacontestation des « nécessaires réformes en cours » pourrait, inlassablement, s’appuyer sur ces 9,3 %. Or, c’est à l’inverse qu’on assiste : cette donnée majeure est quasiment effacée de la sphère publique, éclipsée dans les médias, à peine mentionnée par les politiques. Un point central de l’économie en devient le point aveugle. C’est pourquoi Fakir vient apporter ses lumières…

et 2006. D’après la...
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