Le sanglot de la terre

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  • Publié le : 25 mai 2010
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Introduction

Jules Laforgue fait partie de ces poètes de la deuxième moitié du XIXe siècle au destin tragique, comme Baudelaire, Verlaine ou Rimbaud. Inadapté à la société, malade, mal reconnu en tant que poète, il meurt à l'âge 27 ans en laissant une œuvre inachevée mais prometteuse. Dans ce sonnet, extrait du Sanglot de la terre, publié alors qu'il n'a que vingt ans, le poète racontecomment, fumant une cigarette, il part dans un voyage onirique qui l'éloigne du réel sordide et le conduit vers un univers imaginaire plus plaisant. Quels sont les enjeux de ce voyage ? Pour répondre à la question, nous nous demanderons d'abord pour quelles raisons le poète quitte la réalité. Nous décrirons ensuite l'univers fantaisiste qu'il atteint. Enfin, nous examinerons si l'expérience ainsi décriteapporte le bonheur ou non.

A - LES RAISONS DU DEPART

1) Le rejet de la réalité

La première strophe exprime l'ennui du poète devant la vie ordinaire. Dès le premier vers en effet, le constat est sans appel : "oui, ce monde est bien plat". L'affirmation banale "oui", le choix d'un lexique simple (l'auxiliaire être et l'adjectif "plat") contribuent à accentuer le caractère fataliste de ceconstat. L'ennui est confirmé dès le vers suivant : "Moi, je vais, résigné, sans espoir, à mon sort". Le rythme extrêmement découpé du vers, 1+2+3+3+3, crée un sentiment de lourdeur, comme si la marche du poète, "je vais", était entravée par le désespoir. Il ne va d'ailleurs nulle part que vers son "sort", son destin, c'est-à-dire la mort, les deux mots, "mort" et "sort" étant rapprochés par larime. La vie se donne ainsi à voir comme dénuée du moindre sens, réduite à n'être qu'une attente de la mort : "et pour tuer le temps, en attendant la mort". Le thème réapparaît à la strophe suivante puisque, s'adressant aux hommes, le poète évoque leur mort future : "allez, vivants, luttez, pauvres futurs squelettes".

2) La solution de l'au-delà rejetée

Laforgue va plus loin encore dans lefatalisme, en refusant toute perspective après la mort. Dès le premier vers en effet, il rejette avec mépris l'idée d'un autre monde, d'un au-delà : "quant à l'autre, sornettes". Cette irrévérence à l'égard des croyances religieuses se poursuit au vers 4 : "je fume au nez des dieux de fines cigarettes". L'attitude du poète est provocatrice. Le choix du pluriel, "des dieux", renvoie plus à lamythologie gréco-latine qu'à la religion chrétienne. Ainsi, le poète se fait cynique : il tourne en dérision les valeurs humaines. L'adresse aux "vivants" prend dans ces conditions une tonalité particulièrement cruelle : "luttez" est une antiphrase ironique, les hommes ont beau s'agiter et chercher à donner un sens à leur vie, ils vont de toute façon disparaître à jamais.

Transition :

L'inadaptationau réel est donc totale : sans espoir ni croyance, le poète doit trouver des solutions pour supporter le poids de la vie. Il va les trouver dans l'imaginaire.

B - LE REFUGE DANS L'IMAGINAIRE

1) La cigarette comme moyen d'évasion

La seule délivrance à l'ennui est donnée à la fin de la première strophe : il s'agit des "fines cigarettes". L'antéposition de l'adjectif "fines", donne presqueà ces cigarettes un caractère humain : elles ne sont pas seulement raffinées, elles apportent plus de subtilité dans un monde "plat". Ainsi, à la deuxième strophe, donnent-elles naissance à un "méandre bleu" qui conduit vers "le ciel". Cette fumée devient alors la métaphore d'un chemin susceptible de conduire vers un autre monde.

En fait, ces cigarettes sont sans doute de la drogue. Tout porte àcroire en effet qu'il s'agit de l'opium cher aux poètes du XIXe siècle : le "parfum" des "cassolettes", l'"extase infinie", le sommeil qui s'ensuit. La meilleure preuve est sans doute que le poète perd soudain ses capacités à réfléchir pour devenir un objet totalement passif. Le "moi" était sujet à la strophe 1 : "moi, je vais". Il devient objet à la strophe 2 : "moi (...) le méandre bleu...
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