Le savetier et le financier

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  • Publié le : 8 mai 2010
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LA FONTAINE,

Le Savetier et le Financier (Fables, VIII, 2)

INTRODUCTION:

Jean de La Fontaine (1621-1695) est un des écrivains majeurs du Classicisme.

En 1668, il publie un premier recueil de 124 Fables, en VI livres, qui obtient immédiatement un succès considérable. Ce recueil s'inspire du genre antique de l'apologue, qui vise à instruire lepublic en le distrayant.

La fable intitulée Le Savetier et le Financier (inspirée notamment du poète latin Horace) • appartient au deuxième recueil (qui comprend les livres VII à XI), édité en 1678-1679. Ce deuxième recueil se caractérise par une plus grande diversité dans l'inspiration, un travail plus complexe de la forme, une place plus grande accordée à la confidence personnelle dupoète.

Cette fable, constituée d'une seule longue strophe de 49 vers, relate les mésaventures d'un joyeux savetier auquel la possession d'argent enlève soudain toute sa sérénité.

Notre lecture analytique étudiera comment La Fontaine, à travers ce personnage, propose sa conception du bonheur.

I - La Fontaine construit un portrait élogieux du Savetier, qu'il met en évidence parun contraste avec le Financier:

1) le fabuliste met en scène la joie de vivre, par antithèse avec un caractère aigri

a- il multiplie les indices montrant la bonne humeur du savetier:

cf. le lexique de la musique ("chantait", "ouïr", "des passages"), suggérant la gaieté

cf. les hyperboles qui expriment la félicité du savetier: "merveilles" (répété), et la référencemythologique du v.4 (dans une comparaison disproportionnée) cf. la caractérisation dessinant un bon vivant: "rieur", "gaillard" (v.17-18)

cf. aussi le nom "naïveté" (v.30), traduisant son naturel, sa franchise

b - tout cela ressort par contraste avec le tempérament sombre du financier:

Au v.5, la locution "au contraire" nous prépare à un contraste entre les deuxprotagonistes. La F. suggère en effet une existence triste chez le financier

cf. La gradation du v.6 entre deux plaisirs qu'ignoré le financier ("chantait peu, dormait moins encore"); notons de même l'adverbe "parfois", au v.8.

cf. Le court v.7 (octosyllabe), qui précise le métier de ce personnage (comme explication de ses insomnies)

2) il dépeint une vie modeste, voire précaire,qu’il oppose à la puissance de l'argent.

a- le savetier se caractérise par une relative pauvreté:

cf. les négations des v.18 et 19

cf. l'expression imagée ("j'attrape...") du v.21, soulignée par l'enjambement

cf. la formulation généralisante du v.22, révélant un individu vivant au jour le jour

cf. l'explication qu'il donne à partir du v.24, qui comporte unesatire légère de l'Eglise

= il peint donc un personnage sympathique par sa simplicité et sa capacité à se satisfaire de peu

(cf. le verbe "il suffit...", v.20)

b - par antithèse avec la fortune et l'autorité du financier:

cf. la métaphore expressive et amusante ("tout cousu d'or") pour traduire la richesse

cf. le lexique de l'argent: "homme de finance"(v.7), "fait vendre" (il aimerait que tout s'achète ! v.12), la question répétée avec insistance "que gagnez-vous?" (v.16 et 23), "mettre...sur le trône" (=rendre aussi riche qu'un roi, v.31), et "cent écus" (v.32)

A cette idée de l'aisance matérielle, La F. associe l'idée de l'autorité de celui auquel rien, habituellement, ne résiste:

cf. le ton flatteur et habile, au v.15 ("sireGrégoire...", titre déplacé ici)

cf. la question pressante (v.16 et 23), voire agacée (cf. "eh bien!")

cf. la formulation d'ordres, à l'impératif ("prenez...gardez...", au v.32), qu'accompagné l'emploi de "je veux" (v.31)

Tr : La Fontaine met donc face à face deux personnages à la dimension symbolique qui deviennent les acteurs d’une scène pleine de vie.

II - Le...
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