Le sceptique est-il un ignorant?

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  • Publié le : 11 avril 2011
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Dissertation de Philosophie

Le sceptique est-il un ignorant ?

Cette question fort intéressante nous amène à étudier la philosophie sceptique. Cette philosophie naît au IVème siècle av. J.-C. en Grèce avec la figure de Pyrrhon d’Elis. Ce contemporain d’Epicure, bien qu’il n’ait rien écrit, a traversé les siècles grâce au témoignage de son élève timon de Phlionte. Inspirée de la philosophiede Socrate et de la sagesse hindoue, la philosophie de Pyrrhon repose sur le concept fondamental de suspension du jugement ou épochè en grec. Pyrrhon et les sceptiques soutenaient que l’Homme est incapable de déterminer le vrai du faux dans la nature, faute de critère discriminant. Sans remettre en cause l’existence des phénomènes, les sceptiques prétendaient que l’Homme ne peut pas à partir desoutils dont il dispose accéder avec certitude à la réalité de la chose —le noumène. Ils adoptaient en conséquence un doute systématique sur toutes les opinions et les savoirs aboutissant à la suspension définitive du jugement. Si l’on s’en tient à la définition courante du mot, le sceptique est celui « qui affecte le doute sur toute chose » (Littré). Ce doute permanent qui s’identifie à un refus del’opinion n’est-il pas une entrave à la connaissance et à la vérité ? S’agit-il d’un refus du savoir, qui justifierait l’ignorance qui leur est souvent associée ? Tout repose en réalité sur la signification que prend l’ignorance, et plus encore le savoir car l’ignorance n’est autre que le non-savoir. Ce terme ne répond pas à une définition précise, son signifié variant selon les pensées. Leterme savoir provient en réalité du latin sapere : « qui a de la saveur », d’où l’idée de pénétration, de compréhension, d’instruction. Le mot savoir relève autant de la vérité que de la somme de connaissances ou du savoir-faire, et le terme ignorant prend autant de significations. Ainsi l’éventuelle ignorance du sceptique est entièrement est entièrement déterminée par sa relation au savoir. De fait,quelle valeur attacher au savoir ? Dans quelle mesure le sceptique est-il un ignorant ? Si l’on associe savoir et vérité absolue, la sceptique se voit condamné au gouffre de l’ignorance. Cependant le terme d’ignorant traduit fort mal la logique interne de la philosophie sceptique. Celle –ci relève en fait d’une ignorance savante.

« Ce que nous appelons ici savoir, c’est connaître par le moyende la démonstration » (Aristote). Associer au savoir une valeur de vérité ou un dogme entre en conflit avec la philosophie sceptique. Celle-ci s’obstine à détruire les dogmes, étant donné que l’Homme ne peut atteindre la vérité avec certitude. Leur refus des systèmes, leur suspension du jugement s’opposent intrinsèquement à l’affirmation d’une vérité absolue. En cela, le scepticisme peut paraîtreignorant et obscurantiste. Dans ce qui suit, le mot savoir renvoie à la connaissance de vérités.

Affirmer des vérités absolues, c’est déduire ou induire de l’observation des phénomènes ou de la réflexion des vérités universelles, selon qu’on est empiriste ou rationaliste. Or tout raisonnement nécessite des prémisses, à l’image du syllogisme, c’est-à-dire une axiomatique et un système depensée. Notons que le cogito de Descartes, énoncé alors qu’il ne considère plus rien comme vrai, n’est pas une déduction, malgré la proposition « donc » : « Je pense donc je suis » (Méditations Métaphysiques). Il est le fruit d’une intuition, mon existence s’offrant à moi à travers ma pensée, comme vérité évidente. Or les sceptiques contestent le fait qu’un système permette de trouver la véritéabsolue. En effet, tout système est pour eux un cercle vicieux : chaque argument se définit par rapport à un autre, et ainsi de suite. A la base sont les axiomes, qui sont indémontrables et donc non démontrés et supposés vrais. S’ils sont faux, toute la théorie s’écroule. De plus, une théorie ne rend pas forcément compte de toutes les vérités. Et les mathématiques, source de vérité immuable pour...
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