Le second discours de l'accusation, sur le meurtre d'eratosthène, expression écrite

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  • Publié le : 13 décembre 2011
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Juges, je ne puis me résoudre à ce que la justice revête le manteau de l’absurdité ; condamner l’âme d’Ératosthène pour un crime qu’elle n’a pas commis ne serait qu’accepter et scander l’incongruité. Si sa culpabilité est soutenue, c’est alors que chaque homme, moi y compris, mérite de passer devant vous et de ne quitter ces lieux que pour se rendre en prison ; car Ératosthène fut de loin l’hommele plus vertueux, non seulement dans cette affaire, mais aussi durant sa vie : il faisait preuve de tous les mérites qu’un homme puisse porter, et le condamner au nom d’une loi quelconque, pour un crime qu’il n’a pas commis, serait permettre à cette même loi de devenir un subterfuge que tous les scélérats emprunteraient alors afin de se sortir de leurs mauvaises affaire. Or personne ne veutd’une loi qui tolérerait tous les crimes dans notre cité juste et si bien maintenue en ordre par vos soins, c’est pourquoi je vous demande, juges, d‘écouter à nouveau ma version des faits, afin que justice soit véritablement rendue. Je tiens à souligner mon désintéressement dans cette histoire : je ne compte en tirer ni gloire ni argent ; ce sont seules mon honnêteté et ma volonté de faire triompher lebien qui me mènent ici, devant vous. Il n’en est certainement pas de même de la partie adverse qui, au contraire, tente de faire prévaloir le mensonge, la fausseté, l’agrément. Euphilètos se présente comme victime de l’adultère que lui aurait infligé mon ami Ératosthène alors que c’est, bien au contraire, le défunt qu’il faut plaindre : arnaqué, humilié puis mis à mort, voici maintenant son âmeprofanée par des paroles mensongères. Je vais tacher de vous rappeler, juges, quel homme était Eratosthène et pour quelle raison il a été assassiné. Je tenterai donc de vous prouver que mon ami n’était nullement amant de la femme de l’accusé, mais plutôt créancier auquel on refuse le remboursement, et qu’il n’est donc, dans l’histoire, non pas blasphémateur, mais martyre.
Eratosthène vécutoujours dans la cité de Sparte, et plus précisément à Corinthe ; on sait comme la loi relative aux contrats dans cette contrée est défaillante : peu claire et mal connue, elle est source de nombreuses manipulations de la part des gens malhonnêtes. Eratosthène, connaissant les dangers qu’implique de cette loi mauvaise, prenait garde aux prêts qu’il effectuait, et ne satisfaisait ainsi que ses amis. Or ilse trouve que la famille de la défunte mère d’Euphilètos, qui réside à Sparte elle aussi, appartenait à son cercle d’amis ; il avait même était leur créancier à plusieurs reprises : lorsqu’il leur fallu acheter une plus grande demeure et lorsque le père fut mêlé injustement à une affaire judiciaire. Les deux partis, n’ayant jamais rencontré de problème l’un avec l’autre, se laissèrent guider parla confiance : la famille d’Euphilètos n’hésita pas à lui recommander mon ami comme créancier, et Eratosthène ne vit pas le danger et accepta de mettre en place un emprunt avec l’accusé, pensant que l’éducation qu’il avait reçue, lui aurait transmit toutes les qualités que possédait sa famille. L’accord fut passé à Sparte, Euphilètos reparti avec l’argent, en promettant de rembourser dans lesdélais établis. Mais ces paroles s’avérèrent elles aussi être mensongères : Euphilètos ne souhaitait pas rembourser mon ami et il avait tout mis en œuvre pour parvenir à cet objectif, en effectuant ce contrat sans nul témoin si ce n’est sa famille, et surtout en prenant soin de le négocier dans la cité de Sparte où la loi est si défaillante. L’affaire dura quelque temps, Euphilètos repoussait toujoursla date de paiement, il ne visitait plus ses parents pendant de longues semaines et il fallait se rendre à Athènes pour lui rappeler ses devoirs ; Eratosthène en eut assez de cette mascarade et menaça l’accusé de dénoncer sa malhonnêteté devant vous, juges. Euphilètos lui répondit qu’il n’en avait cure car aucune loi spartiate ne le contraignait au remboursement. Mais mon ami, n’hésita pas à...
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