Le surrealisme

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  • Publié le : 26 mai 2010
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Surréalisme vs. Oulipisme : deux poétiques du jeu incompatibles ?

À travers la discussion de l’incompatibilité apparente entre auteurs surréalistes et
oulipiens, c’est la question même de la notion de jeu en tant qu’outil de la théorie
et de la critique littéraires que je voudrais poser dans les pages qui suivent. Je
commencerai par une brève définition du ou plutôt des objets abordés ;ce faisant,
il s’agit moins de suivre la plus ancienne orthodoxie méthodologique que de
montrer précisément la difficulté qu’il y a à vouloir délimiter certains de ces
objets. En effet, le titre ci-dessus contient trois termes à définir : qu’est-ce que le
surréalisme ? qu’est-ce que l’oulipisme ? et qu’est-ce qu’une poétique du jeu ?

J’aborderai dans la première partie de cet articleles éléments de réponse
que l’on peut apporter aux deux premières questions, en essayant de bâtir entre
eux une opposition dynamique. Cependant, s’il importe de préciser le surréalisme
et l’oulipisme, qui concernent les termes de la comparaison proposée, il me
semble capital de consacrer un regard attentif à la troisième interrogation, qui
renvoie finalement à ce que j’appelleraisvolontiers la « lunette d’approche » de
cette comparaison, autrement dit, l’outil conceptuel qui la fonde. Je m’y attacherai
dans la deuxième partie de cette réflexion, car c’est dans une possible contribution
à une meilleure compréhension de la nature, la portée et les usages de cet outil
que je place l’essentiel de mon propos. Pour terminer, je reprendrai l’opposition
initiale, en tâchant demontrer comment la nouvelle optique proposée permet de
la résoudre, du moins partiellement.

Qu’est-ce que le surréalisme ? Qu’est-ce que l’oulipisme ?

Définir le surréalisme et l’Oulipo (ou, plus largement, l’oulipisme) n’est
pas une tâche aisée, surtout à une époque où l’on sait que les énumérations de
noms, de dates et de titres sont nettement insuffisantes pour saisir lacomplexité
du fait littéraire. Dans ces premières définitions, je m’en tiendrai donc à une
perspective relativement factuelle et donc consensuelle, dans ce qu’elle a de plus
pratique comme de plus réductionniste.

Nous appellerons ici surréalisme le mouvement littéraire né au sortir de
la Première guerre mondiale. Inspiré par Guillaume Apollinaire et Dada mais
souhaitant les dépasserradicalement, il est fondé sur une théorie de l’inspiration
et de la révélation et se donnait pour but —d’après le Manifeste du surréalisme signé
par André Breton en 1924— d’exprimer par tous les moyens possibles le
fonctionnement réel de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison
et en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale. Parmi les principaux
représentantslittéraires du surréalisme français on peut citer, outre leur chef de
file André Breton, Philippe Soupault, René Crevel, Robert Desnos, Paul Éluard,
Louis Aragon et Benjamin Péret. Inscrits dans un mouvement qui se caractérise
par une vie collective fortement ritualisée, les surréalistes ont pratiqué, repris ou
inventé de très nombreux jeux littéraires, dont par exemple le jeu du « cadavreexquis », celui de « l’un dans l’autre » ou encore les divers jeux de notations ou de
questions-réponses.

Quant à l’oulipisme, il renvoie à l’Ouvroir de Littérature Potentielle fondé
en 1960 par François Le Lionnais et Raymond Queneau, entre autres. De nos jours,
l’Oulipo est toujours constitué aussi bien par des écrivains que par des
mathématiciens, et il se donne pour but d’explorer lerôle des contraintes en
littérature. Il a par ailleurs inspiré d’autres « ouvroirs », dont l’Oupeinpo (Ouvroir
de Peinture Potentielle), l’Oucuipo (Ouvroir de Cuisine Potentielle) ou encore
l’Oulipopo (Ouvroir de Littérature Policière Potentielle).

Si j’ai retenu ici le terme « oulipisme » plutôt que celui d’ « Oulipo », c’est
que par principe les auteurs oulipiens n’ont jamais...
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