Le temps des crises - michel serres

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  • Publié le : 16 mai 2010
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Temps des crises de Michel Serres, de l’Académie française Le parcours de Michel Serres est atypique. Issu d’un milieu agricole et marinier, il a été élève à l’École navale et à l’École normale supérieure. Agrégé de philosophie, il est membre de l’Académie française depuis 1990 et enseigne à l’Université de Stanford. Dans cet entretien avec Jacques Paugam, il développe les points essentiels deson dernier livre Temps des crises dont l’intuition fondamentale est la nécessaire primauté des sciences de la vie et de la terre dans les institutions de demain. Une analyse fine et originale des évolutions de notre siècle et un message plein d’espoir sur le monde futur. Une quadruple révolution Le très long sous-titre de Temps des crises donne le ton : « Mais que révèle le séisme financier etboursier qui nous secoue aujourd’hui ? Si nous vivons une crise, aucun retour en arrière n’est possible. Il faut donc inventer du nouveau ». Dans ce livre, Michel Serres, entend relativiser l’importance de la crise économique et financière qui sévit depuis 2007. Notamment vis-à-vis d’autres bouleversements majeurs, intervenus depuis la fin de la seconde guerre mondiale et importants au point d’avoirété passés sous silence. Mais il est bien connu que les nouveautés arrivent « comme un voleur dans la nuit » (Saint Paul) ou sur des « pattes de colombe » (Nietzsche) rappelle Michel Serres. Parmi ces changements décisifs, l’écrivain cite : L’effondrement quasi vertical du nombre d’agriculteurs et des professions associées, qui ne concernent plus aujourd’hui que 1.7% de la population contre 60-75%aux alentours 1900. C’est en ce sens que la fin du XXe siècle a sonné « la fin du néolithique » selon Michel Serres, la domestication d’espèces de la faune et de la flore par les hommes ayant commencé au cours de cette période préhistorique. La mobilité des personnes et des choses. Dans les années 2006-2007, la moyenne de distance d’origine des marchandises présentes dans un grand magasin américainétait déjà de 8 à 10 000 km. De même, en 2008, les compagnies aériennes ont transporté un tiers de l’humanité. Les progrès de la santé et la révolution des pratiques médicales. Depuis les années 50 à 70, avec l’arrivée des antibiotiques et des sulfamides, les maladies infectieuses sont sinon éradiquées, du moins efficacement soignées. Ce qui forme un contraste considérable avec la périodepré-seconde guerre mondiale, au cours de laquelle, sur dix patients, un médecin recevait au moins trois syphilitiques et quatre tuberculeux, comme le rappelle M. Serres. Samuel Luke Fildes, The Doctor , 1891Le progrès est d’autant plus évident en ce qui concerne la douleur dont on n’imagine pas à quel point elle pouvait être une expérience inévitable et quotidienne, par le passé. La généralisation de lapéridurale, par exemple a mis fin à des millénaires d’accouchement dans la douleur, le rétrécissement du bassin de la femelle étant intervenu avec l’apparition d’Homo Sapiens ! Considérer cette révolution sanitaire, c’est également prendre en compte le rôle déterminant qu’elle a joué dans nombre d’autres domaines. Aujourd’hui, par exemple, on parle de « religions doloristes », constate Michel Serresmais c’est oublier, selon lui, que la morale religieuse avait aussi pour but de dispenser des sortes d’exercices quant à l’expérience de la douleur. De même, pour l’académicien, le fait que les gens se déshabillent désormais sans mal sur les plages aurait moins à voir avec un phénomène de libération sexuelle et érotique qu’avec le simple fait que les corps soient aujourd’hui « visibles ». Avant,cicatrices, plaies, bubons, empêchaient ce dévoilement. L’éradication de la petite vérole par l’OMS, par exemple, ne date que de 1970 ! Dernier exemple, l’espérance de vie ayant presque triplé, son influence sur des institutions comme le mariage n’est pas négligeable. Au XIXe siècle encore, les gens en se mariant se juraient fidélité pour 5 à 7 ans, aujourd’hui il s’agit d’une promesse sur 65...
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