Le texte littéraire doit-il être sérieux pour dénoncer ou défendre une cause ??

Sujet de dissertation littéraire proposé: Le texte littéraire doit-il être sérieux pour dénoncer une injustice ou défendre une cause? Malgré toutes les précautions qu'il peut prendre, le texte littéraire, parce qu'il est souvent assimilé au texte de fiction, revêt souvent une allure « pas sérieuse », « pas crédible », « pas digne de foi », et a dû souvent reléguer toute prétention polémique,politique ou philosophique au domaine de l'essai philosophique, propre sur lui car émanant d'une parole revendiquée (le nom sur la couverture étant bien à la fois celui de l'auteur et bien celui du locuteur) et s'adressant sans détour métaphorique ou autre à son destinataire. Pourtant, classer les ouvrages en deux catégories non poreuses, les sérieux et les pas sérieux, pour traiter de la question deces textes qui disent quelque chose sur la société, le monde ou le réel, se heurte aussitôt à mille écueils car les exceptions sont légions: un texte littéraire sérieux peut se contenter d'être descriptif et n'avoir pas de prétention polémique, tandis qu'un texte littéraire soigné ou faisant preuve de second degré, peut parfois taper pile où ça fait mal, et le lecteur moyen a déjà en tête lesVoltaire, les Laclos, les Queneau, les Ionesco qui lui reviennent en mémoire. Ainsi notre réflexion se propose de reprendre méthodiquement puis de croiser les catégories: il s'agira d'abord de montrer que bien évidemment la littérature, de par sa nature foncièrement inventive, fantaisiste et protéiforme, d'ouvrages qui sans avoir le vernis sérieux sont tout à fait aptes à la défense ou auréquisitoire; dans un second temps nous montrerons, sur un ton de de bémol, que certaines causes imposent peut-être des limites à l'humour ou à la poésie et remettent du sérieux pour certaines défenses ou la discussion de certains problèmes; enfin, il nous faudra évoquer le cas peut-être le plus répandu, car le plus littéraire au fond, le cas de ces ouvrages volontairement et stratégiquement hybrides, qui pourdiverses raisons mènent de front les deux exigences, le sérieux et le divertissement, l'un même servant d'autant mieux l'autre: loin de s'opposer, les deux catégories, du divertissement ou de l'ornementation d'un côté, et de l'argumentation et de la polémique, de l'autre, font tir groupé, vers plus d'efficacité, afin de convaincre d'autant mieux le destinataire. La littérature est remplied'exemples qui sans avoir l'apparence du sérieux traitent de sujets sérieux, parce que le lecteur saura y lire plus que ce qui est d'abord affiché. Il y a ces ouvrages apparemment naïfs qui ont accompagné des générations de lecteurs, et qui sous le propos joyeux, léger ou naïf, veulent en vérité amener le lecteur à réfléchir à des questions philosophiques: ainsi le Petit Prince de Saint Exupéry veut enfait amener le lecteur à dépasser le plaisir immédiat de la lecture d'aventures lisses et bien enchaînées, afin de le porter à réfléchir à des questions d'adultes telles que la destinée ou les différences. Le lecteur attentif aura soin aussi de rendre au rire de Molière son sérieux; dénoncer les faux-dévots et par là les excès de la rhétorique enjoliveuse ainsi même que les croyants peu regardantsquant à leurs idoles, c'est là tout l'art du Tartuffe, première des trois comédies sérieuses de notre dramaturgen, avec Dom Juan et Le Misanthrope. L'art, par le simple fait de proposer une matière (le langage, les topoï) transformée (par la langue, la virtuosité d'un auteur) transfigure forcément et peut adoucir la crudité du propos en apparence: quand Camus dans sa pièce Caligula propose untableau esthétisant et hâché, au gré des nombreuses scènes de sa pièce, de la folie d'un homme devenu empereur, Caligula, il brouille inmanquablement les cartes: en devenant beau et vif, le blâme ou le constat terrible devient plus aisé à intégrer par le lecteur qui par le jeu de la catharsis est autant dégoûté que rassasié du mal qu'il voit représenté sur scène, mais en même temps, il aura pu...
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