Le théâtre

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  • Publié le : 24 mai 2009
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Le théâtre est un spectacle vivant dont la représentation est le but. Le texte même est fait pour être dépassé par l’action. Les moyens d’expression sont variés ; le dialogue bien sûr mais aussi l’éclairage, la musique, le décor, le maquillage, les costumes. Ils créent une atmosphère, une illusion qui entraînent le public « hors du monde », hors de son quotidien. Pour Diderot, dans « Le Paradoxesur le comédien », le bon acteur est celui qui garde la tête froide et n’est jamais réellement ému car le vrai au théâtre n’est que convention. Le langage aussi est irréel : au XVIIe siècle, les faux dévots ne s’exprimaient pas en vers et jamais, un jardinier ne prendrait la parole pour définir la tragédie, comme celui que Giraudoux imagine dans « Electre ». Diderot encore précise qu’au théâtre,le « vrai » est la conformité de la représentation avec le « modèle idéal imaginé par le poète et souvent exagéré par le comédien ». Le langage des Euménides, même trivial et enfantin, n’est pas celui de petites filles mais celui écrit par le dramaturge. Lors de la création des « Bonnes », un critique reprochait à Jean Genet que les gens de maison ne parlent pas comme Claire et Solange ; l’auteurlui a répondu qu’il n’avait pas composé « un plaidoyer sur le sort des domestiques » et qu’après tout, certains soirs, les bonnes, seules devant leur miroir, s’expriment peut-être ainsi, comme lui-même le ferait à leur place.
Ainsi, les personnages qui se confient sur scène, se déchirent ou s’aiment sont les rêves de l’auteur, animés par des comédiens qui les « jouent », dans un décor souventstylisé où tout est signe, métaphore. La mise en scène d’ « Antigone », imaginée par Anouilh, est très dépouillée. Les deux seuls accessoires de la pièce sont un bol et une chaîne. Le premier est apporté par la nourrice et cet objet familier conduit Antigone à redevenir l’enfant qui se réfugiait dans les bras de sa « nounou ». Le second est la chaîne qui lie les poignets de la fille d’Œdipe, prise aupiège « comme une petite hyène ». C’est dans un registre fantastique que le texte d’ « Electre » suggère le décor dès les premières répliques : la façade du palais a deux « corps » et cet animisme suggère la dualité de l’homme et l’inconstance de son destin.
Comme l’écrit Giraudoux, le spectacle théâtral se situe bien dans l’irréel mais dans ce cadre qui stimule son imagination, c’est pourtantle réel que vient chercher le spectateur.

Genet, dans sa préface des « Bonnes », résume cette idée clairement : « (…)je vais au théâtre afin de me voir, sur scène (restitué en un seul personnage ou à l’aide d’un personnage multiple et sous forme de conte) tel que je ne saurais – ou n’oserais- me voir vivre ou me rêver, et tel pourtant que je me sais être. ». Claudel, dans « L’Echange », faitdire à Lechy Elbernon qu’ au théâtre, le public vient voir son destin. « Et il se regarde lui-même, les mains posées sur les genoux ». Ainsi, dans les rêves de l’auteur, c’est son propre reflet idéalisé, exagéré, stylisé que le spectateur cherche. Le besoin d’absolu d’Electre et d’Antigone résonne en lui comme un idéal enfoui sous les contingences du quotidien. Parfois, c’est en Créon qu’il seretrouvera, dans cet homme qui a dit « oui », qui fait son métier en « retroussant ses manches ». D’autres soirs, c’est triste et apaisé qu’il quittera la salle parce qu’il aura compris que toute destinée doit s’accomplir. Les Gardes lui tendront aussi un miroir déplaisant et les plus honnêtes se verront les jours où ils ne veulent pas prendre conscience du destin et qu’ils pensent que « c’est pas leursoignons ». Devant les masques de Tartuffe et la crédulité d’Orgon, le spectateur s’interrogera sur sa propre naïveté, sur le jeu de la vérité dans les rapports humains. Le trompeur et sa dupe : qui n’a jamais été un peu l’un et un peu l’autre, comme ce couple inséparable ? Il est intéressant de remarquer qu’avec Dom Juan et Tartuffe, Molière met en scène deux personnages « comédiens », masqués...