Le travail des enfants

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  • Publié le : 30 mai 2010
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Le travail des enfants

Quelque 250 millions d’enfants travaillent du matin au soir dans des usines de briques, de tapis, dans des ateliers de tannage de cuir, dans le polissement de pierres précieuses, dans des plantations de thé, dans des mines d’or ou dans d’infâmes maisons de prostitution. Ce sont des enfants originaires de différents pays, mais tous victimes du même système inhumain. C’estdans sa modeste demeure de New Delhi que j’ai interviewé Kailash Sathyarti, le président de la Coalition d’Asie du Sud contre la servitude des enfants, promoteur de la Marche mondiale contre le travail des enfants, un homme qui a arraché 40.000 mineurs des griffes de leurs patrons. Il m’a raconté son premier cas, révélateur de l’amplitude du problème. Un jour j’ai reçu, à la rédaction où jetravaille, un appel d’un avocat, ami de Kailash Sathyarti, qui voulait le mettre en contacte avec un homme qui avait vécu une histoire extraordinaire. Il s’agissait d’un ouvrier, esclave depuis plus de dix-sept ans dans une usine de fabrication de briques. L’homme s’était échappé, en se cachant dans un camion après avoir entendu des rumeurs sur sa fille. Le patron négociait le prix de la petite filleavec des proxénètes de New Delhi pour qu’elle devienne une prostituée. L’homme était désespéré. « Je ne pouvais pas croire à l’histoire de cet homme ! – me racontait Kailash --. J’envoyai donc un collaborateur pour vérifier son authenticité. Il s’agissait bien de la vérité. Ses enfants étaient nés entre les briques et sa fille n’était jamais sortie de l’usine, ni même pour aller au village. » Enplus de publier l’histoire, Kailash voulut l’aider d’une manière plus concrète. Il persuada des amis d’entrer par la force dans l’usine et de libérer les familles qui y étaient enfermées. Cependant, ils se heurtèrent à la police, complice avec les patrons. Ils retournèrent à New Delhi, frustrés, les mains vides. « Grâce aux contacts que j’avais avec la Cour suprême de New Delhi, je pus exposer lecas et la cour agit tout de suite. Vingt-quatre heures plus tard, la police entra avec un mandat judiciaire dans l’usine et libera toutes les familles. Là, je fis connaissance avec la petite fille, elle était très belle, elle s’appelait Sabho. Elle sautait comme un singe d’un coin à l’autre ; elle n’avait jamais vu la ville. Elle rigolait de tout et semblait ne savoir que faire. Elle ne pouvait pasreconnaître les pièces d’argent. Cette petite fille était née dans la plus grande démocratie du monde et n’avait jamais vu la couleur de l’argent ! »
Lorsque Kailash Sathyarti, commença à s’occuper du problème du travail des enfants, personne ne comprit pourquoi. « Ils me proposèrent d’ouvrir une école ou un orphelinat…ça c’était quelque chose que tout le monde comprenait ! », dit-il toujourssouriant. En Inde, les gens pensaient que ce problème n’existait pas. Cette coutume est tellement ancrée dans la société, dans la culture, que personne ne s’est rendu compte que les enfants travailleurs, mal nourris, analphabètes, sont plus chétifs et plus petits que ceux qui vont à l’école. En outre, ils sont plus susceptibles de souffrir de maladies infectieuses, de lésions, de douleursmusculaires, d’être amputés et de faire l’objet de tous types d’humiliations. Si le travail empêche le développement normal physique et intellectuel des enfants, les prive d’éducation et met en danger leur intégrité physique et morale, Sathyarti a appris à faire la distinction entre ceux qui travaillent dans des activités secondaires avec leur famille et ceux qui sont en situation d’esclaves ou de semisesclaves, comme se fut le cas pour Sabho. Si toutes ces catégories sont répréhensibles, la dernière est de toute évidence inacceptable. Il s’est attaqué au problème dans les usines de tapis, où 50 jusqu’à 70 % des employés ont moins de quatorze ans. Il a créé, avec succès, un système d’étiquette, appelé rugmark, afin que les consommateurs sachent que ce tapis n’a pas été tissé par des doigts...
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