Le travail et le jeu

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  • Publié le : 21 février 2010
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LE TRAVAIL ET LE JEU

Le temps consacré au travail et celui consacré au jeu sont socialement dissociés. Il est possible de s'amuser en travaillant mais peut-on jouer en travaillant ? Une première contrariété s'impose dès que l'on prend en compte le « sujet » du travail : un même sujet ne peut pas en même temps s'adonner à deux activités. L'une nous apparaît comme un effort pénible etcontraint, même pénible parce que contraint alors que l'autre se donne comme désirable, en tant qu'elle est plaisante et libre. On peut donc admettre de se fatiguer beaucoup en jouant tout simplement parce qu'on a choisi d'entrer dans le jeu. Il semble donc que de l'un à l'autre, la contrariété tient à la présence ou à l'absence de liberté : le jeu serait libre, le travail contraint. Il nous est possiblede concevoir la devise d'Auschwitz comme une absurdité, et de ne plus croire que la liberté soit dans le travail lui-même. Pourtant l'absence de travail (chômage) semble ôter jusqu'au goût du jeu. La perte de sens de l'existence, l'angoisse... font voir que l'absence de travail n'ouvre pas l'aire d'un temps tout entier consacré au plaisir du jeu. Tout se passe comme si le travail n'est pas ce quiempêche le jeu mais ce qui le rend possible; s'il en est ainsi, le jeu ne serait pas l'autre ou le contraire du travail, la compensation, l'espace de liberté opposé à la contrainte mais la finalité même du travail. S'il faut travailler pour pouvoir jouer, si on ne joue bien qu'après avoir travaillé, c'est qu'il y a continuité du travail au jeu et non pas contrariété. S'il n'y a pas une solution decontinuité du travail au jeu, il faut chercher un terme médian qui assure leur unité, leur continuité. Le trouver du côté de la liberté? Cela semble impossible. De celui de la contrainte? On a déjà suggéré que non. De la nécessité? Peut être, mais en quel sens? Est-il nécessaire de jouer? Un jeu rendu nécessaire ne relève t-il pas de la servitude? Travail et jeu seraient-ils alors deux manièresdifférentes pour un même asservissement?

I.1. la contrainte est au travail ce que la liberté est au jeu. Les notions de pénible et de punition, que l'on peut assigner au travail, s'opposent à celles de désirable et de récompense, relatives au jeu. De plus on ne désire pas travailler, tandis que l'on désire naturellement jouer. La preuve peut en être l'engouement d'un enfant à jouer, beaucoupplus intense que celui de travailler, surtout que le travail lui est imposé, qu'il est contraint à travailler et libre de jouer. Mais qu'est ce qu'une contrainte? L'exercice d'une force venant d'un autre et contrariant la volonté du sujet: ces deux entités s'opposent en forces contraires. Cette volonté d'un autre, est forcément volonté d'un autre homme, car, comme le dit Rousseau, je ne peux êtrecontraint que par un semblable. Le sujet contraint devient alors l'instrument de l'autre sujet (cf. Rousseau, le Contrat Social, livre I ch.3). Le travail semble donc doublement contrainte, même si l'autre n'est pas toujours identifiable et peut être la société tout entière... Le travail s'impose comme condition sociale nécessaire pour subvenir à ses besoins: si on ne travaille pas, on ne mange pas(bien sûr, il y a des exceptions, mais sont-elles enviables?). La contrainte du travail se trouve en amont du travail: on apprend qu'il faut travailler pour subvenir à ses besoins. Elle est également en aval: le travail que je fais doit répondre aux besoins des autres. L'agent du travail ne bénéficie pas immédiatement du produit de son travail. L'individu travailleur est solidaire d'une chaîne, ila des conditions, des tenants et des aboutissants. Par mon travail, je me sens, au moins en partie, un moyen au service d'un autre. Si je suis totalement un moyen, je deviens un instrument: c'est le cas de l'esclave. Les antécédents et les subséquents forment donc une limite inscrite dans l'idée même de travail. Au contraire, le jeu se donne immédiatement autothélique. Alain (Propos) donne une...
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