Le village des "cannibales", alain corbain: etude du chapitre 1

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  • Publié le : 18 décembre 2010
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Le village des « cannibales », Alain Corbin

1)

Au premier abord, la noblesse du Périgord semble riche et puissante, car on y trouve de nombreux châteaux, ce qui n'est pas sans influence sur l'imaginaire collectif. Ces grandes propriétés sont détenus par une noblesse décrite comme « arrogante », une alliée du cléricalisme fort qui a pendant très longtemps imposé la dîme. Cette descriptiontient en fait plus de l'imaginaire que du réel, et c'est celle faite par une bourgeoisie qui cherche à influencer la paysannerie locale. La réalité de ces nobles est en fait beaucoup plus hétérogène. En premier lieu, il faut relativiser ces richesses, car la Dordogne n'est en fait pas « une zone de grande propriété nobiliaire ». Ralph Gibson, dans sa thèse citée par Corbin, les qualifie même de« piètres notables ». Cette richesse somme toute modeste se justifie par le fait que cette petite noblesse rurale n'est pas très efficaces dans les affaires, et que de par sa proximité avec la paysannerie, elle ne l'exploite pas vraiment. Pour elle, le souci de rentabilité ne prime pas. Politiquement, les nobles de la région sont loin de l'extrémisme. En grande majorité, ils sont favorables au SecondEmpire mis en place par Napoléon III, mais beaucoup conservent encore quelques idées légitimistes. Ce sont ces idées qui sont mises en avant par la bourgeoisie rurale afin d'étendre son influence sur la paysannerie au détriment de la noblesse. La noblesse ne prône donc pas les idées de féodalité que l'on veut bien lui prêter, elle est même plutôt familière avec la paysannerie et la bourgeoisie.Cette familiarité se retrouve dans le caractère sympathique et généreux d'Alain de Monéys, qui n'est pas un cas isolé. Dernier point mit en avant par la bourgeoisie, les liens de la noblesse et de l'Église. Si l'histoire commune de ces deux branches de la société est séculaire, il ne faut toutefois pas l'exacerbée au point de tomber dans l'exagération dont a pu faire preuve la bourgeoisie del'époque. Il n'y a pas de réelle connivence, de complot ourdis dans le but de rétablir la monarchie et les principes féodaux qui conférés, il est vrai, de nombreuse prérogatives aux seigneurs et aux ecclésiastiques.

2)

La bourgeoisie rurale est présentée ici comme manipulatrice, influente, souvent avare et bien plus néfaste que l'aristocratie. Pour Corbin, ainsi que pour Gibson, elle est leprincipal vecteur de diffusion de l'image des aristocrates et du discours anti-noble. En effet, par son influence sur la paysannerie, elle ancre dans les esprits une image ancienne et négative de la noblesse. Si la bourgeoisie et si puissante, principalement sous la monarchie de Juillet, c'est grâce à des pratiques très dures dans les affaires et à la façon dont elle traite les salariés (bien qu'ilfaille relativiser cela, et distinguer le réel de l'imaginaire). Ces pratiques, la bourgeoisie les cache derrière le fait qu'il y a plus grand danger qu'elle pour la paysannerie: les volontés de retour au système féodal des aristocrates et de l'Église. C'est pour cela qu'elle entretient les anciens discours révolutionnaire, avec une certaine aisance grâce à l'instruction dont elle bénéficie et qui faitdéfaut aux paysans. Bien qu'à l'apogée de sa puissance pendant la monarchie de Juillet, elle mènera le ralliement au président à partir de décembre 1848, et soutiendra le régime impérial par la suite.

3)

« La paysannerie du Sud-Ouest déteste la noblesse; le fait est bien connu (...) » commence par nous dire Alain Corbin dans la première partie du chapitre. Si le fait est effectivement bienconnu, il faut le nuancer et le contextualiser. Ce premier chapitre revient sur une période qui va du début du XIX ème siècle à 1870, année du fait divers de Hautefaye, c'est à dire qu'il débute une décennie après la révolution, pour se terminer moins d'un siècle plus tard. La paysannerie a donc été inféodée à la noblesse pendant de nombreux siècles, et la relative indépendance qu'elle...
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