Le voyage des amoureux au moyen âge : entre réalité et roman

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  • Publié le : 8 mai 2011
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Lorsqu’on est assis confortablement dans Eurostar, partant de Paris Gare du Nord pour Londres St-Pancras en moins de deux heures, n’est-on jamais curieux de la façon dont nos ancêtres médiévaux ont pu faire ce même voyage ?
C’est vrai que le concept moderne du voyage lié au lieu éloigné et sa connotation de loisir et de vacance n’existait guère au Moyen Âge, mais en contraste il se confondaitplutôt avec les éléments concrets en quoi il consistait, tels que la « voie », le « viaticum » (mot latin qui désigne les provisions de voyage). Mais dans une société où l’horizon était borné, la mobilité était réduite, et l’environnement était dangereux et hostile, sans agences de tourisme qualifiées, ni de Guide Vert Michelin sous la main, il semble quand même que les gens du Moyen Âge nejouissaient pas moins que nos contemporains de leurs voyages.
Certes, comme Jean Verdon nous affirme, « la plupart des déplacements concernent de courtes, voire de très courtes distances » (Verdon, p. 9), qu’ils ne méritent pas l’appellation de « voyages » au sens actuel, mais les voyages effectués par les pèlerins étaient surtout une exception étonnante, suivis par ceux des pèlerins armés qui sont lescroisés. Aussi constatons-nous qu’entre le voyage mythique d’Ulysse et les voyages des grandes découvertes pendant la Renaissance, le Moyen Âge, malgré toute difficulté du déplacement, ne cessait jamais de bouger, à tout niveau.
Dans son ouvrage Voyager au Moyen Âge, Jean Verdon nous montre que les motifs de voyager au Moyen Âge ont une typologie aussi large qu’en notre époque : les voyages destouristes et des explorateurs, bien qu’ils ne fussent pas populaires, sont précédés par les pèlerinages, les croisades et les voyages des ecclésiastiques, en passant par ceux des diplomates, des courriers, des officiers, et des soldats, sans jamais oublier les voyages des jeunes nobles et des marchands. Ces voyageurs, malgré de différents difficultés et obstacles naturels et humains, ont pu sedéplacer dans un territoire assez vaste sur le continent ainsi qu’à travers la mer, parfois grâce aux aides d’outils divers.
La littérature, miroir à la fois fidèle et transcendant de la réalité, a pour objet autant de refléter les aspects réels du voyage, que d’explorer l’esprit du voyage que la réalité seule n’est pas parvenue à manifester. De nombreux romans médiévaux ont pour thème la quêted’aventure des chevaliers, qui est une partie très essentielle dans le code de la chevalerie au Moyen Âge. Les romans de Tristan, parmi d’autres, ont offert un exemple typique de ce genre. Sir Tristrem, une version en moyen anglais du XIVe siècle, par exemple, a raconté plusieurs voyages de quête d’aventure de Tristrem, neveu de Mark, roi d’Angleterre, et pendant un voyage en Irlande, il a connu Ysonde laprincesse, à qui il est reparti demander sa main pour le roi Mark, mais a bu par hasard la potion d’amour avec elle en voyage de retour, dont s’est développée leur histoire d’amour tragique.
Parmi ces nombreuses fictions de merveilleux voyages se trouvent pourtant des récits de fictions encore plus fictifs que d’autres, qui représentent les voyages imaginaires dans des mondes autre que le nôtre.Pearl, un poème du XIVe siècle, a illustré par exemple le voyage d’un marchand à un pays inconnu dans son rêve, où il a retrouvé son amoureuse Pearl, un personnage d’identité problématique. En paire on trouve un lai breton de la même époque, Sir Orfeo, qui raconte un voyage au pays merveilleux pour retrouver sa femme du roi féerique, cette fois tout consciemment.
Le cas de Sir Isumbras estparticulier en ce qu’il décrit à la fois un voyage de pèlerinage d’Isumbras pour racheter son péché, et, si l’on considère son impulsion, un voyage de retrouver sa famille et de retourner à haut rang pour cause de son choix de bonheur dans la vieillesse au début de l’histoire. Toute sa vie pourrait ainsi être interprétée comme un voyage figuratif.
À l’interieur de ces romans qui figurent plus ou...
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