Lecture analytique: joachim du bellay

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  • Publié le : 18 juin 2011
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Joachim Du Bellay
Sonnet XXVII des Antiquités de Rome

Du Bellay, à la suite de son oncle, le cardinal Jean Du Bellay, part à Rome pour devenir secrétaire. Pour un humaniste comme lui, le séjour dans la ville de Rome apparaît au départ comme exaltant et prodigieusement riche et intéressant. Rome est en effet le berceau de la culture européenne et humaniste du XVIème siècle, et qui plus est leberceau de la chrétienté. Mais la découverte de Rome est caractérisée par une grande déception et une condamnation morale que consignent les deux recueils romains de Du Bellay, Les Antiquités de Rome et Les Regrets. Dans le premier d’entre eux, Du Bellay présente une espèce de tombeau poétique de Rome qui n’a gardé des fastes de l’antiquité qu’un nom (Rome) désormais vide de sens. La méditationsur les pierres devient alors un blâme moral d’une ville avant tout caractérisée par l’orgueil (l’hubris) de l’homme. C’est cette transformation du regard, entre émerveillement naïf puis condamnation morale que retranscrit le poème XXVII que nous allons étudier.

Axe : Un tableau a priori mélioratif de Rome qui cache a posteriori une condamnation morale

1ère idée : L’adresse au lecteur(proximité, même sphère de réciprocité. Du regard physique (quatrains) au regard moral (tercets)

Adresse à la seconde personne qui ouvre le poème : « Toi qui… contemples ». Tout le poème est adressé à cette 2ème personne du singulier, figure du lecteur et de l’ami, figure aussi du touriste qui arrive à Rome et à qui Du Bellay s’adresse tout au long du poème. Les impératifs en effet sont utilisés icicomme embrayeurs de strophes poétiques : « Juge » ouvre le 2ème quatrain, « Regarde » le premier tercet. Le dernier tercet s’ouvre sur un futur de l’indicatif prédictif : « Tu jugeras ». C’est bien un regard qui est mis en scène, un regard d’abord naïf et positif comme le connote l’adjectif « émerveillé » du vers 1, puis un regard qui se tourne vers la morale et le jugement (cf. le verbe juger du1er vers du deuxième quatrain repris en anaphore au premier vers du dernier tercet). C’est un trajet particulier, syntaxiquement représenté par les deux phrases : la 1ère qui unit les deux quatrains (aussi unifiés par la rime) et la seconde qui unit les deux tercets.

2ème idée : La description positive de Rome s’efface pour laisser paraître un jugement dépréciatif

Les déterminantsdémonstratifs « ces vieux palais, ces monts…/ Ces murs, ces arcs, ces thermes et ces temples/ ces ruines/ Ces vieux fragments » ont une valeur de déictiques. Le poète désigne les vestiges de Rome, les prend à témoin sous le regard convoqué de son lecteur. Nous assistons à un inventaire et un éventail déplié des antiquités de Rome. Ce sont des monuments qui sont désignés, des pierres travaillées par leshommes qui marquent la grandeur de l’architecture et de l’urbanisme de la ville antique. Tous ces monuments énumérés sur les deux quatrains viennent préciser le sens du vers 2 : « L’antique orgueil qui menaçait les cieux ». En effet l’adjectif qualificatif antéposé « antique » est repris comme en écho par les adjectifs qualificatifs « vieux » (V.3 et 8) qui encadrent tous les monuments cités. Cettevétusté est soulignée par le champ lexical de la destruction : « ruines… rongé le temps… fragments ». Mais c’est surtout le substantif « orgueil » qui est précisé par tous les termes architecturaux. Ce substantif est, dans la grille religieuse mobilisée par Du Bellay, un des péchés capitaux. L’orgueil, c’est l’hubris de Anciens, la démesure, la libido sciendi et dominandi (désirs effrénés de toutssavoir et de tout dominer). L’évocation de cette démesure « qui menaçait les cieux » renvoie d’ailleurs un épisode biblique : celui de la Tourde Babel par laquelle l’homme souhaitait s’élever et menacer la supériorité de Dieu. On comprend que l’énumération de l’ingéniosité romaine est d’emblée condamnée : le regard « émerveillé » qui contemple Rome est un regard naïf, superficiel, qui ne voit pas...
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