Lecture methodique le crapaud

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  • Publié le : 20 novembre 2010
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Corbière : Le crapaud
Un chant dans une nuit sans air...
La lune plaque en métal clair
Les découpures du vert sombre.

... Un chant ; comme un écho, tout vif
Enterré, là, sous le massif...
- Ca se tait : Viens, c'est là, dans l'ombre...

- Un crapaud! - Pourquoi cette peur,
Près de moi, ton soldat fidèle !
Vois-le, poète tondu, sans aile,
Rossignol de la boue... - Horreur ! -

...Il chante. - Horreur !! - Horreur pourquoi ?
Vois-tu pas son oeil de lumière...
Non : il s'en va, froid, sous sa pierre.
......................................................................
Bonsoir-ce crapaud-là c'est moi.

Ce soir, 20 juillet.

Lecture méthodique de ce sonnet particulier extrait des Amours Jaunes
Voici les principales différences avec Le Crapaud de Hugo, dont le côtéglorieux est à l'opposé de tout déclin, de toute décadence qui apparaît ici en 1873 :
- Le ton n'est pas solennel mais ludique.
- La forme n'est pas celle d'un poème narratif moralisateur, mais d'un sonnet à l'envers ; d'où le vif octosyllabe contre le noble alexandrin.
- Seules des traces de Romantisme subsistent : point d'antithèse manichéenne et religieuse (qui convertit la méchanceté noired'ici-bas en une bonté lumineuse et céleste), mais un vague clair de lune (v. 2), un chant de rossignol (v. 10) et les souffrances du "moi" (v. 13-14).
- Pas de clair récit cohérent mais des lambeaux de descriptions et des points de suspension qui instaurent le mystère ; explicite chez un auteur, implicite non-dit et sous-entendu chez l'autre (plus hermétique, donc).
- Hugo interpellait lephilosophe ("Tu cherches ?"), alors que Corbière interpelle un interlocuteur anonyme ("Viens", "Vois").
- Utilisation d'un présent de V. G. chez Hugo alors que le présent de Corbière décrit sa situation actuelle (son maintenant).
- Ici identification finale au crapaud, ce qui n'était nullement le cas de Hugo ; l'animal reste négatif chez Corbière, ce qui n'était nullement le cas chez Hugo, optimiste.1) Comment entrer dans le "sonnet à l'envers" qui nous occupe ?

Pistes : on observe un mot répété dans toutes les strophes : "chant-" (nom ou verbe), sauf dans la troisième où il pour noble substitut "rossignol de la boue" (métaphore valorisante) : bref, le crapaud se caractérise par le sens auditif du promeneur qui l'entend ; son chant est donc a priori agréable.
D'autant que la présencedu mot "poète" l'assimile au symbole du lyrisme.

MAIS dès le premier vers on s'aperçoit que la nuit est "sans air", étouffante, oppressante, et que "l'Horreur" devient une litanie : cela appartient en fait au champ lexical de la guerre, tel qu'il est constitué par "soldat", mais aussi "tondu" (en hypallage), "métal", "boue", "enterré", "froid, sous sa pierre", sans doute tombale dans ce contextemacabre et militaire de 1873 - voire mythologique avec "son oeil" unique de Cyclope. Le chant devient alors patriotique pour encourager le soldat à rester "fidèle" à son engagement.

Ces premières pistes montrent ainsi toute l'ambiguïté du contenu du poème qui semble pétri de contradictions : cf. les oxymores "rossignol (positif) de la boue (négatif)", "vif (vie) enterré (mort)", "Vois-tu pas(dénégation) Non (négation)".

2) Face à ces aspects décousus, on relira ce poème en tentant de lui donner une cohérence et une clarté dont il semble dépourvu, au premier abord.

L'expression en enjambement des v. 2 et 3 : "plaque en métal clair les découpures" donne un côté solide, tactile à la simple et normale vision de la prairie à peine éclairée par la lune (c'est pourquoi le "vertsombre") ; comme si la dureté du combat militaire influençait la description, d'entrée de jeu.

Le v. 4 semble par les points de suspension et la thématique du chant répondre au v. 1 ; autre manière de comprendre "les découpages du vers" poétique, comme si Corbière s'amusait !

La nouveauté qu'apporte les seconde et troisième strophes réside dans l'énonciation : le poète utilise l'adverbe "là",...
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