Ledoux

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Claude Nicolas Ledoux, architecture visionnaire et utopie sociale.

Luc GRUSON,
Professeur associé à l’université de Franche Comté (Laboratoire ThéMA - UMR 6049). Ancien directeur de la Fondation Claude-Nicolas Ledoux (Arc & Senans), actuellement directeur général adjoint de l’Etablissement public de la porte Dorée — Cité nationale de l'histoire de l'immigration. 293 avenue Daumesnil 75012PARIS T +33 1 53 59 58 60 - F +33 1 53 59 58 66 mailto:luc.gruson@histoire-immigration.fr http://www.histoire-immigration.fr

Avertissement : ce texte est la transcription augmentée et enrichie de la visite-conférence de la Saline Royale d’Arc & Senans donnée par l’auteur à l’occasion de la sixième conférence internationale annuelle d'Intelligence Territoriale qui s'est tenu à Besançon (France), du15 au 18 octobre 2008, sur le thème des "Outils et méthodes de l'Intelligence Territoriale ».

Abstract : Claude-Nicolas Ledoux is not only the famous french utopic architect from the eighteenth century. He had also some very modern ideas about industrial production, urban planning, and « territorial intelligence ». The project of the royal saltworks (1775-79) was an opportunity to applyseveral very innovating ideas about economical organisation and social living. After the french Revolution, Ledoux planned an « ideal city » which continues to fascinate by its revolutionnary vision of the future. Key-words : Ledoux, Arc-&-Senans, architecture, utopy

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1er décembre 2008.

Luc GRUSON

Lorsqu’on évoque l’œuvre de Claude Nicolas Ledoux, il est tentant soit de la ramener à uneutopie – littéralement un non-lieu – soit de dénoncer son univers concentrationnaire, qu’il s’agisse du plan panoptique de la Saline Royale, ou encore des barrières de Paris. Mais celle-ci a bien plus d’implications, depuis les premières réalisations de Ledoux comme architecte, dès les années 1760, jusqu’à son traité d’architecture, publié en 1804. Cet architecte majeur du siècle des Lumières,parfois qualifié de « maudit »1, a plutôt été négligé voire oublié jusqu’à sa redécouverte, d’abord aux Etats-Unis et au Japon, puis en France, surtout depuis les années 80. Architecte du Roi, converti à la République, Ledoux connaîtra cependant la prison. La majeure partie de ses bâtiments seront rasés au XIXe siècle, car trop peu conformes au goût romantique en vigueur. Son traité d’architecture,jamais publié entièrement, l’a ruiné et a trouvé peu de lecteurs, tant ses propositions, voire la forme de son écriture resteront incomprises. En rupture avec le baroque qui l’a précédé, Ledoux invente une écriture architecturale sans concessions, dont la modernité ne sera reconnue qu’au XXe siècle par Emil Kaufmann2 d’abord, qui en fait le père de l’architecture moderne. Ledoux serait donc leprécurseur de Le Corbusier, que le hasard a fait naître de l’autre côté du Jura. Classé par Michel Foucault du côté des totalitaires, il sera cependant progressivement reconnu par la majorité des théoriciens de l’architecture, et le bicentenaire de la Révolution Française jettera enfin ses projecteurs sur les architectes révolutionnaires, Ledoux, Lequeu, Boullée… Malgré cela, l’œuvre de Ledoux conservequelques ambiguïtés. Le malaise provient d’abord du personnage lui-même, parce que l’homme a eu une vie publique agitée. Jeune intrigant avec les femmes de la cour, qui le lancèrent dans une carrière fulgurante, cet ambitieux devenu « architecte du Roy » se découvrira révolutionnaire pour tenter d’échapper, en vain, à la prison. Il se consacrera désormais à son chef d’œuvre, un textephilosophico-littéraire et un ensemble de gravures de son art, dont la profondeur et l’inspiration auront contribué à épaissir le mystère entourant son auteur. Il est vrai que peu de lecteurs auront eu la chance de lire ce texte ardu, moins souvent réédité que les planches
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« Ledoux, architecte maudit » le premier film sur Ledoux et la Saline, tourné en 1953 par Pierre Kast (on y voit un monument à...
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