Leila sebbar

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  • Publié le : 7 juin 2011
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Tracé d’une « egopole » : la marche d’une femme dans Paris dans Lettres parisiennes de Leïla Sebbar
[et Nancy Huston, B. Barrault, 1986, rééd. J’ai lu, 1999, n° 5394)

Christiane Chaulet Achour, Université de Cergy-Pontoise, CRTF –EA 1392

L’egopole : par ce néologisme, je désigne la recherche d’une ville "neutre" pour un individu, en l’occurrence ici une « fille ». Comment se fait saconstruction identitaire dans le dessin de ses choix urbains ? Tout en introduisant à l’univers de Sebbar, je me concentrerai essentiellement sur Lettres parisiennes en ne prenant que ses lettres (et non celles de Nancy Huston puisque ce livre est composé d’un échange épistolaire) et en proposant une sorte de montage d’extraits1 significatif pour la problématique qui est la nôtre. Leïla Sebbar aécrit, à ma demande et dans la perspective de cette intervention, un texte sur Paris. Ce texte que j’ai reçu le 10 mai 2010 quand j’avais terminé ma présentation, a donc été écrit sans avoir lu celle-ci. « Dialogue » d’une lectrice et d’une écrivaine, ces deux textes se répondent sans se confondre et montre aussi que le parcours décrit ici continue son cheminement…

Leïla Sebbar a inauguré sonparcours d’écriture par un travail universitaire, en 1974 ; puis elle a pris le tournant d’une autre écriture qui, si elle gardait trace de l’université, s’est manifestée par un style progressivement autonome de ses règles.2 Elle navigue entre trois thématiques que l’ensemble de son parcours (1974-2010) décline successivement en entrecroisement ou en autonomie : l’attention à la violence etparticulièrement à celle exercée contre les « filles », l’attention à l’héritage algérien colonial de la France, pour le meilleur et pour le pire, l’attention à une histoire personnelle qui s’énonce en évitant de se dire

En caractères gras, tous les passages qui tissent le sens que je construis entre femme/ville/identité. « … et Sorcières m’a séduite parce que c’était le seul lieu, à ce moment-là, capablede me sortir du code corseté et pédant de l’Université où j’étais en train de me perdre pour adhérer à des valeurs institutionnelles que je n’arrivais pas à mettre en question avec assez de force » p. 93, dans Nancy Huston - Leïla Sebbar, Lettres parisiennes – Histoires d’exil, Paris, éd. B. Barrault, 1986, rééd. J’ai lu, 1999, notre édition de référence.
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frontalement,intimement liée à l’Algérie des manques (la langue), de l’absence (la terre) et de l’impossible complicité (le silence du père, le difficile dialogue avec des "pairs"3).4 Avant d’entrer dans le sujet, j’évoquerai brièvement ce qui précède le corpus choisi, Lettres parisiennes,5 ouvrage publié en 1986. Les premières fictions – qui vont donner à l’écrivaine sa visibilité médiatique – sont, en 1981, Fatimaou les Algériennes au square, en 1982, Shérazade, 17 ans, brune, frisée, les yeux verts, et Les carnets de Shérazade, en 1985.6 Elles sont précédées d’une période où elle est totalement prise dans l’effervescence du mouvement féministe comme elle l’a expliqué dans différentes publications, dont Lettres parisiennes :
« La première fois, elles [Nancy et Leïla] se sont rencontrées dans unebrasserie, à cause des petites filles… pour un travail collectif sur l’éducation des filles – et presque aussitôt, elles ont fait un journal avec des femmes : Histoires d’Elles de 1977 à 1980. Trois années particulières, dans un élan unique. En marge, elles aimaient la marge, un autre exil, joyeux et subversif. Elles ont écrit dans Sorcières, une revue de femmes, littéraire et singulière, Les Cahiers duGRIF, une revue de recherches féministes. » (p. 5).7

En 2007, elle revient explicitement sur cette triade féministe :
« C’est ainsi que je suis prise dans la turbulence de Mai 68 et du Mouvement des femmes à Paris. Avec d’autres, hommes et femmes, je manifeste pour défendre des valeurs universelles, menacées au Vietnam par l’armée américaine. […] Je manifeste dans les rues de Paris contre...
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