Les alpes suisses ou comment leur rôle défensif devient unificateur

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  • Publié le : 15 juin 2011
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Les Alpes suisses ou comment leur rôle défensif devient unificateur

Le territoire suisse et ses montagnes, un havre de paix au milieu d’une Europe à feu et à sang : voilà la première idée qui ressort d’une carte postale datant de 1915, située dans la partie « Le défi du progrès, La Grande Guerre : crise et renouveau », au château de Prangins. Il s’agira tout d’abord de donner une descriptionde l’image. Puis, nous nous attarderons sur certains aspects problématiques de la nation suisse et nous essayerons de montrer comment cette image (et ses semblables) servit à la construction de la nation suisse, ceci autour d’un objet : ses montagnes.

1915. L’Europe et le monde sont en guerre ; la Suisse, suivant sa tradition de neutralité, ne prend part pour aucun belligérant. Sur cette cartepostale du début de la guerre, nous distinguons trois parties : celles de gauche et de droite représentent l’Europe à feu et à sang, symbolisée par un squelette tenant une flamme à la main, des civils sans habitat, des soldats blessés, des armées sur le champ de bataille, le tout teinté d’une couleur rouge qui rappelle le feu et le sang ; un nuage de fumée grise parsemé de boules de feu lie lesdeux premières parties et entourent la troisième, au centre. Cette dernière contient, au premier plan, un rocher sur lequel est accroché un écusson avec le drapeau suisse ; deux fusils sont disposés en croix devant le rocher, baïonnette au canon ; un soldat y est posté, l’arme au pied, le regard droit ; sa silhouette se projette sur l’arrière-plan ; au deuxième plan se trouve une prairie alpine avecune cabane devant laquelle paît une vache, entourée de trois chèvres et de leur propriétaire, sorte de paysan-montagnard ; l’herbe est verte et son ton s’accorde avec le bleu du ciel et des montagnes à l’arrière-plan ; ces dernières prennent la moitié de l’espace de cette partie. On remarque le contraste qui existe entre les parties aux extrémités et celle du centre : les thèmes, les couleurs, lesmises en scènes sont opposés.

Attardons-nous désormais sur certains aspects problématiques de la Suisse de la deuxième moitié du XIXe siècle et du début du XXe siècle afin de comprendre, ensuite, l’importance de cette carte postale. Ce pays, crée en 1848, ne forme pas la nation ethnique décrite par Dieckhoff ; ceci est dû au fait qu’y coexistent différentes langues (allemand et les dialectescantonaux, français, italien et romanche), différentes cultures (par exemple, les mœurs paysannes des Uranais sont très éloignées des mœurs citadines des Genevois), différentes religions (protestantisme, catholicisme). Pour ses fondateurs, il apparaît donc primordial, dès les débuts, de rallier les habitants par-delà leurs différences d’une part, et de montrer une unité pour justifier sonexistence face aux pays voisins puissants d’autre part . Cela se fit, après diverses découvertes archéologiques, en référence à un ancêtre commun : le peuple suisse descendrait des Lacustres, peuple préhistorique vivant au bord des lacs de la plaine . Mais cette référence aux Lacustres se révéla n’être que pure invention ; les Suisses se retrouvèrent ainsi sans peuple à qui se référer pour justifier leurexistence : ce fut l’argument archéologico-historique qui échoua. Cependant, un autre élément permit aux Suisses d’avoir un lien les unissant au-delà des différences : cette fois, ils ne se réfèrent pas à un ancêtre mais à un paysage qu’ils avaient devant eux, ou plutôt au-dessus d’eux, depuis toujours : les montagnes des Alpes.

En effet, ils purent puiser dans les Alpes trois forces qui leurpermirent, de trois manières différentes, d’exister : la force purificatrice (les Alpes sont un rempart contre la modernité et permettent ainsi de conserver les traditions), la force unificatrice (les Alpes traversent les différents cantons, cultures et langues, elles donnent un point commun au peuple qui voit dans ce qu’il possède quelque chose que son compatriote, à l’autre bout du pays,...
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