Les bacchantes

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  • Publié le : 3 janvier 2010
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Les Bacchantes Euripide

Publication: Source : Livres & Ebooks

DIONYSOS Me voici venu ici, au pays des Thébains, moi, fils de Zeus, Dionysos, qu’a enfanté jadis la fille de Cadmos, Sémélé, accouchée par la foudre qu’arment les éclairs. J’ai changé ma forme divine pour celle d’un mortel et j’arrive à la fontaine de Dircé et au fleuve d’Isménos. Je vois le tombeau de ma mère foudroyée, ici, prèsdu palais, les ruines encore fumantes de sa demeure, et la flamme toujours vivante du feu divin. Immortelle vengeance d’Héra contre ma mère ! Je bénis Cadmos de rendre ce lieu impénétrable et de consacrer cet enclos à sa fille. Une vigne l’entoure et, par mes soins, le cache sous sa verdure chargée de grappes. J’ai quitté la Lydie, ses guérets si riches en or, et la Phrygie ; j’ai parcouru lesplaines de la Perse frappées par le soleil, les remparts de la Bactriane, la terre des Mèdes aux terribles frimas, l’Arabie heureuse, toute l’Asie, qui repose au bord de la mer salée ; les Grecs s’y mêlent aux Barbares en des villes populeuses munies de belles tours. C’est ici la première des cités grecques où je sois venu. Là-bas j’ai déjà institué des chœurs, instauré mes rites, pour manifester madivinité aux mortels. Thèbes est la première ville de cette terre grecque qui se soit levée à mes hurlements, où j’aie attaché sur le corps des Bacchantes la nébride et mis en leur main le thyrse, ce trait entouré de lierre. Car les sœurs de ma mère - hélas ! pourquoi elles ? - déclaraient que Dionysos n’est pas le fils de Zeus, que Sémélé avait été séduite par un mortel quelconque et rejetait surZeus sa faute d’amour, par une ingénieuse invention de Cadmos ; c’est pourquoi Zeus l’avait tuée, insinuaient-elles, jalouses, son mariage n’étant que mensonges. Aussi je les ai chassées du palais en lançant sur elles le taon de la folie ; elles habitent la montagne, frappées de délire ; je les ai forcées à porter les insignes de mes mystères orgiaques ; et toute la gent féminine, tout ce qu’il y ade femmes en Cadmée, je les ai entraînées, folles, loin de leurs demeures. Ensemble, mêlées aux filles de Cadmos, sous les verts sapins, elles vivent sans abri, au milieu des rochers. Il faut que cette cité apprenne, qu’elle le veuille ou non, qu’elle n’est pas initiée à mes Bacchanales ; il faut que je plaide la cause de ma mère Sémélé en apparaissant aux mortels comme un dieu qu’elle a donné àZeus. Or Cadmos a remis son titre et son pouvoir royal à Penthée, le fils de sa fille, qui combat un dieu en ma personne, m’exclut des libations et, dans ses prières, ne fait jamais mention de moi. Aussi je vais lui montrer, à lui et à tous les Thébains, que je suis un dieu, de par ma naissance. Puis sur une autre terre, quand tout sera en ordre ici, je porterai mes pas pour m’y manifester. Si lacité de Thèbes, de colère, prend les armes pour ramener de la montagne les Bacchantes, j’engagerai le combat à la tête des Ménades. Voilà pourquoi j’ai emprunté l’apparence d’un mortel et changé ma forme pour celle que la nature a donnée à l’homme. - Allons ! vous qui avez quitté le Tmôlos, rempart de la Lydie, ô mon thiase, ô femmes que j’ai amenées de chez les Barbares pour m’accompagner en cortègeet faire route 1

avec moi, prenez les tambours originaires de la cité des Phrygiens, invention de ma mère Rhéa et de moi-même ; venez autour du palais royal de Penthée, ici, les faire retentir, pour que nous voie la cité de Cadmos. Moi, je vais rejoindre les Bacchantes dans les vallées du Cithéron, où elles sont, et prendre part à leurs chœurs. Dionysos sort. D’autres Ménades, qui forment lechœur, entrent en scène. LE CHŒUR Strophe I. - De la terre d’Asie, ayant quitté le Tmôlos sacré, j’accours, tâche agréable à Bromios, fatigue qui n’est pas une fatigue, pour crier « Évohé ! »en l’honneur de Bacchos. Antistrophe I. - Qui est sur la route ? Qui est sur la route ? Qu’on rentre au palais. Qu’on s’écarte. Que la bouche silencieuse, chacun se garde de l’impiété, car, selon le rite,...
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