Les camerounais face au "gaullisme"

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 8 (1804 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 9 décembre 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Que penser des sentiments des Camerounais au moment du ralliement à la France Libre ?

Officiellement, le Cameroun est le deuxième territoire de l’Empire colonial français à s’être rallié au général de Gaulle, entre le 26 et le 27 août 1940, suite à l’action menée par le futur général Leclerc. Cependant, il est dit (par De Gaulle, mais aussi dans les travaux sur la vie de Leclerc) quel’opération fut facilitée par l’attitude de la population qui avait opté depuis le début pour la poursuite du combat. Les Européens par conviction, les Indigènes par peur de voir revenir la colonisation allemande, selon la version connue et officielle, auraient donc isolé les rares éléments pro vichystes ou pro allemand, laissant donc la voie libre à l’expédition Leclerc. La facilité avec laquelle cecoup main fut mené peut laisser penser que cette version a quelques chances d’approcher la vérité.
Néanmoins, on ne peut aborder ces évènements sans une certaine réflexion critique. Car cette version rassurante et officielle est avant tout celle de l’administration de la France Libre, administration certes renouvelées, mais administration coloniale avec tout ce que cela sous entend commeprécautions en ce qui concerne l’études des documents qu’elle a produit. Si l’état d’esprit des colons européens et des administrateurs de ce territoire sous mandat a sans doute été assez fidèlement rapporté (puisque après tout les centres de commandes aux mains des Européens sont tous tombés aux mains des « Gaullistes » sans trop de problème), que penser de l’état d’esprit des Camerounais eux-mêmesdont les rapports prétendent qu’ils se rallièrent avec enthousiasme ?
L’étude des archives de la période des années 1930 jusqu’à la débâcle de 1940 est assez intéressante sur ce point. Dans un courrier qu’il adresse à X en 193 ?, le Sénateur Y, doute très fortement des sentiments d’amitiés envers la France de la population de Douala. (doc du CAOM hélas perdu avec la sauvegarde mais àretrouver…). De plus les témoignages de fidélité de certains Camerounais devant la montée des risques de guerre viennent essentiellement de métropole, à l’image des déclarations répétitives du Comité de Défense des Intérêts du Cameroun, composés certes de Camerounais mais dont le siège est à Paris. Les premiers effets de la guerre en 1939 ne sont d’ailleurs pas de nature à rassurer les Camerounais. Sil’on dépouille la correspondance épistolaire entre Camerounais de cette époque, correspondance évidemment contrôlée (voir archives à retrouver), on perçoit que les différences de traitement y compris dans l’armée, entre Blancs et Noirs sont durement ressenties par certain de ces derniers. D’autre part, la dureté du service, une recrue ne va-t-elle pas désigner Douala sous le nom de cimetière duCameroun, en parlant des décès survenus dans les troupes africaines stationnées dans le port, et les privations, les prix ne cessant de monter sont au cœur des préoccupations des années 1939-1940 (et d’ailleurs chez les Blancs aussi. Comment dans ce cas comprendre une volonté de poursuivre le combat puisqu’il est évident que cela ne fera que prolonger cette période de privations et de sacrifices ?Est-ce réellement comme certains l’ont suggéré, la peur de voir revenir l’Allemand ? Cette crainte apparaît très forte dans les milieux parisiens (Européens comme Camerounais) avant la guerre. Plusieurs fois (voire archives à retrouver) les ministres de la défense, des Colonies ou des Affaires Etrangères s’inquiètent de la propagande allemande en Afrique et demandent aux administrateurscoloniaux, dont le Haut Commissaire de la république française au Cameroun, des rapports détaillés sur ces activités et sur leur efficacité auprès des « Indigènes ». Or, presque systématiquement, et ce jusque vers 1938, les Colonies (et en particulier le Cameroun) font savoir que la situation ne présente rien d’alarmant, que la propagande allemande reste faible, et qu’elle n’a pratiquement aucune...
tracking img