Les confessions extrait du livre 1

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  • Publié le : 9 juin 2010
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Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme ce sera moi.
Moi seul. Je sens mon cour et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus ; j'ose croire être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moinsje suis autre. Si la nature a bien fait ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m'a jeté, c'est ce dont on ne peut juger qu'après m'avoir lu.
Que la trompette du Jugement dernier sonne quand elle voudra, je viendrai, ce livre à la main, me présenter devant le souverain juge. Je dirais hautement : "Voilà ce que j'ai fait, ce que j'ai pensé, ce que je fus. J'ai dit le bien et le mal avec lamême franchise. Je n'ai rien tu de mauvais, rien ajouté de bon, et s'il m'est arrivé d'employer quelque ornement indifférent, ce n'a jamais été que pour remplir un vide occasionné par mon défaut de mémoire ; j'ai pu supposer vrai ce que je savais avoir pu l'être, jamais ce que je savais être faux. Je me suis montré tel que je fus ; méprisable et vil quand je l'ai été, bon, généreux, sublime,quand je l'ai été : j'ai dévoilé mon intérieur tel que tu l'as vu toi-même. Être éternel rassemble autour de moi l'innombrable foule de mes semblables ; qu'ils écoutent mes confessions, qu'ils gémissent de mes indignités, qu'ils rougissent de mes misères. Que chacun d'eux découvre à son tour son cour aux pieds de son trône avec la même sincérité ; et puis qu'un seul te dise, s'il l'ose : Je fusmeilleur que cet homme-là.

I. UNE AFFIRMATION ORGUEILLEUSE DE SOI

1. La situation de communication.

L'étude de la situation de communication et en particulier des marques de l'énonciation révèle immédiatement l'importance du je . Plus de 40 occurrences des marques de la première personne (pronoms et adj. possessifs) Le narrateur parle en son nom ( narrateur = auteur = personnage) Souvent enposition de sujet des phrases.
Le destinataire au début du texte est le lecteur c'est ce dont on ne peut juger qu'après m'avoir lu (le pronom indéfini on , renvoie au lecteur)
Dans la deuxième partie du texte, le destinataire est Dieu, désigné par
les périphrases: le souverain juge, maître éternel
le pronom et l'adj. poss. de la deuxième personne: Rousseau s'adresse directement à lui austyle direct, à partir de «Voilà ce que j'ai fait». (ce qui témoigne d'un certain orgueil)
Les autres hommes sont simplement évoqués par comparaison à lui. Ils ne deviennent pas locuteurs, sauf à la fin, mais c'est dans une situation hypothétique présentée comme invraisemblable: «qu'un seul te dise, s'il l'ose.» Donc insistance sur la première personne. Texte centré sur l'auteur.

2. L'apologiede soi-même . Le "beau rôle". L'orgueil

Rousseau se donne la place centrale. Il se présente, surtout dans le 3ème paragraphe, en position de commandement : Il donne des ordres, d'un ton assuré, y compris à Dieu (la fin peut faire penser à un texte de type injonctif, même si les ordres ne s'adressent pas au lecteur). Présence des impératifs et des subjonctifs à valeur d'ordre: «Rassemble ,qu'ils écoutent , qu'ils rougissent , que chacun d'eux découvre» ... Un ton assez solennel: rythmes ternaires.
Une sorte de supériorité morale: celui qui demande à être jugé devient en quelque sorte le juge des autres. Leur lance un défi: fin du texte. (Attitude assez peu chrétienne !)
Il cherche à minimiser quelque peu ses fautes (les inexactitudes qui pourraient apparaître dans l'oeuvre sontd'avance présentées comme secondaires ou excusables ( ornement indifférent , défaut de mémoire )
A la fin du préambule, Rousseau se met en scène dans le jugement dernier. Il occupe la place centrale ( «autour de moi»), Il s'imagine s'adressant à Dieu (d'une façon quelque peu cavalière) On constate une certaine mystification du moi. Un certain orgueil de la différence (idée qu'il n'est pas comme...
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