Les contemplations, victor hugo

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  • Publié le : 14 novembre 2011
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Le temps dans Les Contemplations

Je prépare une thèse sur le temps dans Les Contemplations. J'exposerai aujourd'hui quelque réflexions sur les mots du temps et la notion de recueil lyrique.

I) Une première question, fort simple, vient à l'esprit : Hugo utilise-t-il les mots du temps ? Est-ce un thème important dans cette oeuvre ?

On bénéficie dans ce domaine d'un travail degrande ampleur mené par Etienne Brunet sur Le Vocabulaire de Victor Hugo[1]. Trois gros volumes qui analysent le vocabulaire de Hugo selon les méthodes de la linguistique quantitative.
Le corpus hugolien étudié par Etienne Brunet comprend, outre Les Contemplations, Les Feuilles d'automne, Les Rayons et les ombres, Le Rhin, La Fin de Satan, Les Chansons des rues et des bois, les trois séries de LaLégende des siècles, Notre-Dame de Paris, Les Misérables, Les Travailleurs de la mer, Ruy Blas, Hernani, Lucrèce Borgia, Marie Tudor, Lettres à la fiancée, Correspondances[2]. La fréquence des mots fait l'objet de comparaisons à partir d'un calcul dit par "écart réduit". Cet écart est calculé en faisant l'hypothèse que le texte où la fréquence du mot est étudiée se comporte comme l'ensemble ducorpus de référence. Les chiffres donnés par Etienne Brunet établissent des comparaisons internes et externes. La fréquence d'un mot dans l'oeuvre de Hugo est appréciée en prenant en compte la chronologie des oeuvres et le genre auquel elles appartiennent. Quant aux comparaisons externes, elle sont établies entre, d'une part, le corpus hugolien pris dans son ensemble ou selon la distinctionprose/vers, d'autre part, divers corpus enregistrés par le Trésor de la langue française : soit l'ensemble des oeuvres du XIXe et du XXe siècle, soit les oeuvres de l'époque (1815-1892), soit la prose littéraire de l'époque, ou encore les textes en vers de l'époque.
Le sujet qui nous occupe, le vocabulaire du temps, la question que nous posons - le temps est-il un thème chez Hugo ? -, sont traités parEtienne Brunet.[3]

Est-ce un thème hugolien, comme ce fut un thème de Chateaubriand, dont Proust allait développer l'orchestration ? On pourrait le penser à lire certains titres de recueils poétiques comme les Feuilles d'automne, les Chants du crépuscule, ou la Légende des siècles. Mais on peut aussi en douter [...] Si l'on compare Hugo à l'ensemble du corpus des XIXe et XXe siècles, lesécarts négatifs et positifs s'équilibrent. Mais si le corpus de référence se limite à l'époque, de 1815 à 1885, alors le déficit ne fait plus de doute ... [4]

La réponse donnée est clairement non. Chiffres à l'appui, Etienne Brunet montre qu'en comparaison avec les textes de l'époque, Hugo utilise moins les mots du temps, et que ce déficit s'accroît encore si l'on compare le corpus en vers de Hugoavec les textes en vers de l'époque.[5]
Le déficit des mots du temps chez Hugo s'accentue même au fil des années. C'est un fait que tout lecteur de Hugo peut repérer à la simple lecture des textes. Dans cette trajectoire[6], Les Contemplations occupent une place médiane à la fois sur l'axe chronologique - le recueil de 1856 est situé au centre de la production hugolienne - et sur l'axe de lafréquence des termes du temps. Les Feuilles d'automne sont l'oeuvre qui comporte le plus de mots du temps, La Légende des siècles celle qui en comporte le moins. Les Contemplations sont placées au centre de ce mouvement. A partir de ce recueil s'opère une décrue des mots du temps.
Si l'on veut être un peu plus précis, on peut relever quelques fréquences de mots dans quatre recueils lyriquesreprésentatifs de l'activité de Hugo de 1830 à 1877 : Les Feuilles d'automne (1830), Les Rayons et les Ombres (1840), Les Contemplations (1856) et L'Art d'être grand-père (1877). Le corpus ainsi constitué est homogème[7]. Nous en donnons ici quelques exemples.
Le mot temps apparaît 23 fois dans Les Feuilles d'automne, soit compte tenu du nombre de pages[8], 19,6 %; 24 fois dans Les Rayons et les...
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