Les courses de dom juan

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  • Publié le : 1 novembre 2009
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Dom Juan est à l'étroit dans son monde. Celui-ci n'est pas à la mesure de ses désirs, de son énergie, de ses pensées. C'est ce que montrait à sa manière la belle dramatique adaptée de Molière parBluwal pour la télévision[1].

D'où ces courses, pour échapper à ce monde, et qui tournent à vide : « Je cours, donc je suis. » Puis bientôt : « Tant que je cours, je suis. » Et enfin : « Je ne saisplus où aller, je meurs[2]. »

Il a toujours quelqu'un à ses trousses, qui le rattrape toujours. Ou bien il poursuit quelqu'un ou quelque chose, qu'il n'atteint pas ou qu'il perd aussitôt : maischaque course tend à produire une scène arrêtée de son monde, une manière nouvelle de le mesurer et de s'en échapper, une facette brillante de son impatience et de son inquiétude, une espèce de tableauvivant organisé autour d'un geste ou d'un mot du héros et susceptible d'une légende : « Dom Juan et Elvire », « La Profession de foi », « Dom Juan tire l'épée », « la Mort de Dom Juan », etc.

D'oùvient l'énergie ainsi déployée à la recherche d'autres mondes ? Est-ce exactement ou simplement une question de désir sexuel ? Oui, selon ce qu'il en dit lui-même, dans un discours célèbre (voir, enannexe, une étude détaillée de ce passage) :

[…] Il n'est rien qui puisse arrêter l'impétuosité de mes désirs : je me sens un cœur à aimer toute la terre ; et, comme Alexandre, je souhaiterais qu'il yeût d'autres mondes, pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses (acte I, sc. II).

Apparemment nous y voilà : c'est l'érotisme. Mais dès qu'il en parle, il renvoie le désir sexuel à lamétaphore bien connue de la guerre et celle-ci à celles aussi habituelles, aussi usées, de la prédation, du pouvoir et de l'avoir. Et les images du pouvoir et de l'avoir renverront, nous le savons d'avance, àla question et au moment de l'être : elles y renvoient toujours. Dom Juan n'échappe donc ni aux images de la rhétorique ancienne ni aux questions qui retentissent sur le théâtre occidental...
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