Les desordres du travail

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  • Publié le : 15 février 2010
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Les désordres du travail. Enquête sur le nouveau productivisme.

Chaque jour en France, 2 000 personnes sont victimes d'un accident du travail nécessitant une interruption d'activité. Le coût global cumulé des accidents et des maladies professionnels s'élève à 3 % de la richesse nationale, soit l'équivalent théorique de plus de dix jours fériés supplémentaires; Contrairement à une idée reçue,cette dégradation des conditions de travail ne s'explique que partiellement par une pression psychologique accrue (les pathologies physiques progressent en réalité plus vite que les pathologies psychiques). Elle est bien davantage le fruit du nouveau productivisme qui a présidé, depuis une vingtaine d'années, à la réorganisation des entreprises et à la désorganisation du travail. PhilippeAskenazy démontre que, loin d'être une « fatalité économique », cette situation constitue plutôt une aberration économique. Les moyens de la résoudre sans « grand soir » ni perte de performance ne sont pas hors de portée. Mais, en Europe et singulièrement en France, c'est l'inertie qui domine.

C'est devenu une banalité de l'affirmer, la problématique de l'emploi à contribué depuis quelques années àocculter celle du travail et des conditions dans lesquelles il se déroule. Or les indicateurs dans ce domaine sont alarmants. Comme le montrait encore récemment une publication de la DARES consacrée aux Résultats de l'enquête SUMER, menée par des médecins du travail (Voir : Premières Informations, Premières Synthèses , n°52-1, déc. 2004 ) , les conditions de travail se sont dans l'ensembledégradées depuis 1994 : l'accroissement des contraintes organisationnelles va de pair avec l'augmentation des pénibilités physiques. Cette situation est peu ou mal perçue et les enseignants de SES ont peut-être eu, comme moi, l'occasion de se heurter dans ce domaine au scepticisme des élèves, pour lesquels cela ne peut traduire que le fait que « les gens râlent davantage qu'avant ». Une telle réactionn'est au fond pas tellement éloignée des interprétations dominantes du phénomène dénoncées par l'auteur : on serait passé d'une pénibilité physique à des contraintes psychiques qui seraient inhérentes au travail moderne. Le problème se dissimule d'autant mieux que l'individualisation des relations de travail contribue à «psychologiser» le phénomène. La démonstration de l'auteur contribue à rejeterces analyses, en montrant le lien entre les nouvelles formes du productivisme aujourd'hui et la détérioration objective des conditions de travail, puis elle l'amène à se demander si une telle détérioration est inhérente à la nouvelle logique productiviste, ou bien si cette dernière peut être amendée de façon à prendre en compte la question des conditions de travail.

Dans un premier temps,l'auteur caractérise le productivisme réactif qui succède dans les entreprises américaines au modèle taylorien comme une triple extension du modèle japonais :
• extension des logiques de production en équipe autonome et du juste-à-temps à tous les échelons de la hiérarchie et à tous les stades de la production
• extension de ce modèle industriel au travail tertiaire
• utilisation desTIC pour optimiser le juste-à-temps
Ces innovations n'ont pas tardé à être adoptées en Europe, où des entreprises comme l'espagnol Zara constitue de véritables modèles de réactivité face à la demande de la clientèle. Une telle évolution a suscité des espoirs d'amélioration des conditions de travail qui ont débouché sur des désillusions. Tous les indicateurs européens montrent une dégradation desconditions de travail : augmentation des problèmes de santé d'origine professionnelle, stagnation des accidents du travail, alors même que la tertiarisation de l'économie et la diminution du temps de travail ?en ce qui concerne la France ? auraient dû déboucher sur une diminution.
Face à ces statistiques, une première approche consiste à dénoncer un biais : les gens seraient de plus en plus...
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