Les dissertations de marcien towa

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  • Publié le : 14 mai 2010
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État de lieu sur le débat philosophie/ethnophilosophie (1)
Il y a une certaine parenté entre la théologie et la philosophie en tant qu'herméneutique et, globalement, aucune n'a une préséance épistémologique sur l'autre: toutes les deux cherchent la même vérité, même si la philosophie exprime la foi en termes de rationalité (2). Comme la philosophie, la théologie est de la mouvance des langagesspéculatifs. Mais elle ne doit pas être conçue en termes d'application de la philosophie à la religion. Le rôle relatif de la philosophie est, pour paraphraser O. Bimwenyi-Kweshi, celui d'un instrument pour l'approfondissement de la foi et de son épanouissement en gnose véritable sans que cela n'implique pour autant qu'elle soit une condition sine qua non de la foi, puisque, même sans avoir faitde hautes études et même sans savoir lire ni écrire, on peut accéder à la foi : le prophète Mohamed, lui-même illettré, en est un exemple archétypique (3). L'exploit de la religion est de concerner aussi bien les doctes que les gens simples. On peut bien entendu accéder à la philosophie et même à la science sans avoir fait des études au sens classique du terme. M. Malherbe distingue la religion(conception du monde reliée à l'idée de Dieu) de la philosophie (conception du monde tout court) (4). Même si elle suppose des présuppositions et des substructures philosophiques, la religion se distingue par son essence à la fois sociologique et transcendante. Elle se caractérise aussi par la nature à la fois méta-empirique et méta-rationnelle de la foi et aussi, en raison de sa propre historicitéet de ses propres règles de protocolarité.

En parlant du nigritisme (5) et de sa théologie, il paraît intéressant de jeter un ťil sur ce qu'on appelle la philosophie négro-africaine. Pour ce faire, nous avons lu l'ouvrage de M. Diagne titré De la philosophie et des philosophes en Afrique noire et celui de G. Biyogo intitulé Histoire de la philosophie africaine (6). Nous avons en outre relu lechapitre 5 ĹDépasser la querelle « philosphie-ethnophilosophie »' de l'ouvrage Afrique de la raison. Afrique de la foi du père M. P. Hebga (7). Nous allons revenir à ces trois lectures à travers une présentation méthodique appuyée de nos remarques, tant paraît pertinente la façon dont les trois auteurs abordent ce débat important. Ayant déjà traité antérieurement ce sujet, le compte-rendu présentdénote un réalignement de notre position sous un nouvel éclairage car il est essentiel de ne point se tromper d'adversaire.

• Débat sur l'origine de la philosophie

La question de la détermination de l'origine historique de la philosophie constitue un problème philosophique d'après le philosophe et égyptologue G. Biyogo qui se demande si la philosophie est née chez les Éthiopiens, lesÉgyptiens ou les Grecs. On dit que les Grecs ont laïcisé la philosophie et l'ont portée au terme d'une rupture d'avec l'ordre mythologico-religieux pour passer à l'explication rationnelle qui reste malgré tout entachée de métaphysique. Mais cette philosophie en Grèce ne survient pas ex-nihilo. Comme son devancier Ch. A. Diop, Biyogo appartient au clan de ceux qui mettent en avant la thèse de larelocalisation ou de la re-territorialisation du berceau égypto-nubien de la philosophie déjà soutenue par les premiers penseurs grecs (Hérodote), par les pères fondateurs de l'histoire de la philosophie et par de nombreux égyptologues et pas de moindres (Champollion Le Jeune, J. H. Breasted, S. Morenz, Röth et Gladisch). G. Biyogo soumet cette thèse à l'épreuve des faits, de la documentation historique,égyptologique et de l'histoire de la philosophie. Il souligne un fait avéré, à savoir que les penseurs grecs (Hérodote, Diogène Laërce, Aetius, Plutarque, Thalès de Milet, Platon, etc.) ont été instruits en Égypte d'où ils ont ramené la science des prêtres (philosophie, géométrie, médecine, astronomie, etc.).

Appréhendée par Eboussi-Boulaga comme la marque d'un conservatisme austère,...
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