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  • Publié le : 24 décembre 2010
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Dans la « Quatrième promenade », il revient justement sur l'écriture des Confessions. Tout en soulignant son aversion pour le mensonge, il y explique ce qui a pu l'amener parfois à s'éloigner quelque peu de la vérité dans son autobiographie s’articule autour d’un processus similaire menant, par une comparaison entre l’opinion des autres et le sentiment de soi, à une image plus juste de lui-mêmeJustice et vérité 
La vérité que Rousseau veut
servir, à ce moment, est celle qui contribue au «bien public», c’est-à-dire à tous les individus, et de consacrer sa vie au service de la vérité,. On sait que Rousseau emprunte sa devise, vitam impendere vero (« consacrer sa vie à la vérité »), à Juvénal : placée en tête des Lettres sur la montagne, il a écrit déjà dans la Lettre à d’Alembert  :« Vitam impendere vero : voilà la devise que j’ai choisie, et dont je me sens digne » .rousseau revient sur cette proclamation peut-être imprudente : est-il bien certain d’avoir toujours placé sa vie sous l’impératif inconditionnel de la vérité ? Un ami, l’abbé Rozier, s’était une fois adressé à lui, non sans souriante ironie : vitam vero impendenti, « à celui qui a entrepris de placer sa vie sous lesigne de la vérité »… Un tel titre ne serait-il pas usurpé ? « Pourquoi ce sarcasme ? Quel sujet y pouvais-je avoir donné ? »
Pour être assuré qu’on ne ment pas, il faut se connaître soi-même. Qui jugera alors de la vérité de cette connaissance de soi par soi ? « Comment me constituerai-je juge de cette utilité ? » (1027), demande Rousseau, quand il croit pouvoir innocenter le mensonge dans lescas où il ne sem« Quand et comment doit-on à autrui la vérité ? » est la première des deux questions que se pose Rousseau (1026). la façon dont Rousseau lui-même pose la question est plutôt déroutante : alors qu’il répète volontiers qu’il n’écoute que son cœur, que « jamais l’instinct moral ne m’a trompé », quand il s’agit de savoir s’il est permis de mentir, ce n’est pas à la céleste voix de laconscience qu’il en réfère, mais paradoxalement aux discours des philosophes, dont la promenade précédente avait pourtant dénoncé la sophistique : « Je me souviens d’avoir lu dans un Livre de Philosophie que mentir c’est cacher une vérité que l’on doit manifester » (1026). A qui le doit-on ? La suite du texte est explicite sur ce point : non à Dieu, mais à autrui, c'est-à-dire à celui quientreprend de nous la demander. la question du mensonge est traitée ici l’échange symétrique des droits et des devoirs. « quand et comment doit-on à autrui la vérité ? » (1026) ; « Rien ne peut être dû qui ne soit bon à rien, pour qu’une chose soit due il faut qu’elle soit ou puisse être utile » (1027) ; « Il ne s’agissait pas de prononcer s’il serait  bon de dire toujours la vérité, mais si l’on y étaittoujours également obligé », « obligé » signifiant ici qu’on a contracté une obligation envers un créditeur (1028) . Jean-Jacques a beau invoquer ici « le dictamen de ma conscience », il se livre en vérité au calcul complexe des intérêts proportionnels. Mieux encore : Rousseau écarte comme par anticipation l’intransigeance de l’impératif catégorique. Eriger la loi morale en loi universelle etinconditionnelle, c’est affecter à bon compte la posture de la vertu, qui n’engage guère tant elle demeure abstraite. C’est ainsi que la plus grande rigueur quant aux principes peut parfaitement se conjuguer avec le plus grand relâchement quant aux actions : « …s’il est des cas où l’on puisse tromper innocemment. Cette question est très décidée, je le sais bien ; négativement dans les livres, où laplus austère morale ne coûte rien à l’auteur, affirmativement dans la société ou la morale des livres passe pour un bavardage impossible à pratiquer » (1026). Il serait donc parfois permis de mentir. On s’étonnera de tant de circonspection, sinon de louvoiement, de la part de celui qui fait profession de consacrer sa vie à la vérité, et qui prétend restaurer la vertu austère des anciens...
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