Les enjeux sociaux de l'immigration

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ALEXIS TREMOULINAS – Ecoflash 251 – Septembre 2010

Les enjeux sociaux de l'immigration
L'immigration se révèle être un enjeu, pour les pouvoirs publics et pour les immigrés eux-mêmes, qui tous présentent l'immigration comme temporaire alors qu'elle est vécue de fait comme définitive. Ensuite, de par sa mobilité, l'immigré interroge la question urbaine. Tout métropolitain est ainsi un immigré.Enfin, la question classique de l'intégration peut être reposée à partir du cas immigré. L'immigré ne s'intègre pas forcément, il peut s'insérer, s'assimiler ou se séparer. Et quand l'intégration a lieu, celle-ci peut n'être que segmentaire. Inversement, la question de l'intégration pose la perspective du point de vue de la société d'accueil qui peut accueillir ou rejeter.
L'immigrationconstitue un élément du débat contemporain. Elle représente l'archétype de prénotions où s'affrontent les positions idéologiques. La question est en effet souvent formulée en termes moraux et manichéens : « l'immigration, c'est bien » et son pendant « l'immigration, c'est mal ». On peut partir du paradoxe suivant : alors qu'aujourd'hui, près d'un Français sur quatre a au moins un grandparent immigré,l'immigration est mal perçue par une bonne partie de la population. Ainsi, l'enquête sociale européenne de 2003 a révélé que les Français surestimaient considérablement le nombre d'immigrés chez eux (29 % contre 8 à 10 %). Pourtant les sciences économiques et sociales essaient de porter un regard dépassionné sur cet objet qui ne l'est pas, avant tout en déconstruisant l'objet immigration. personnesnées et résidant en France mais qui sont demeurées étrangères (par exemple, parmi les immigrés âgés de 15 à 64 ans, 64 % sont de nationalité étrangère, 36 % sont devenus Français par acquisition de la nationalité) et des Français minoritaires étiquetés comme différents. La condition d'étranger est donc afférente à celle de la nationalité, celle de minorité est relative à la position culturelle. Lacondition d'immigré relève de la mobilité : l'immigré est une personne mobile qui a franchi une frontière pour s'établir durablement (plus d'un an) dans un pays autre que son pays de naissance. Cette mobilité n'est pas éphémère, contrairement au touriste. L'immigré est donc dans un entre-deux, il n'est plus de là-bas et pas encore d'ici. Georg Simmel [1] a fait de cet entre-deux la caractéristiquede l'immigré, qui trouvait dans le Juif sa figure paroxystique. Il fait donc de l'étranger la figure de la modernité en ville. Plus, il retourne la question et montre que tout habitant de la grande ville est un étranger en puissance. Ce n'est pas le national qui sert de référence à l'étranger, c'est l'immigré qui constitue le cas limite de l'habitant métropolitain. Il ne pourrait y avoir dans cetteperspective de New Yorkais « de génération en génération », de Londoniens enracinés ou de Parisiens « de souche » mais seulement un amas d'immigrés. Tout habitant métropolitain est un immigré de fait, qui tout en vivant dans la société n'en fait pas véritablement partie (toute relation sociale se caractérise par une nécessaire distance selon Simmel). Or les relations de mises à distance, demédiatisation intellectuelle entre individus inconnus (« attitude blasée ») sont nécessaires dans la métropole, contrairement aux campagnes et aux petites villes où les affects et les émotions peuvent se donner libre cours dans le cadre de relations personnelles. La métropole est une civilisation de l'esprit et non du cœur. On retrouve de telles caractéristiques métropolitaines dans le fait migratoireen France aujourd'hui. Les nouvelles vagues d'immigration se localisent préférentiellement en région parisienne. L'enquête Trajectoires et Origines de 2008 montre ainsi que tandis que 21 % des résidents français habitent l'Îlede-France, 32 % des descendants d'immigrés sont dans ce cas, cette proportion montant à 37 % quand les deux parents sont immigrés. Par origine, on constate que 16 % des...
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