Les etats unis et l urss deux modeles en competition

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  • Publié le : 26 janvier 2010
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S. Cadolle

Crise de l’autorité et démocratie

C’est surtout devant ce qui apparaît aujourd’hui comme la montée inquiétante de l’incivilité, de la violence et de la délinquance juvénile que l’on évoque la démission des parents et que l’on en appelle à une restauration de l’autorité. Mais on déplore aussi que l’école ne soit plus l’institution respectée qui assure la transmission des savoirset des valeurs ainsi que l’ascension sociale des élèves méritants. Les représentants de l’Etat euxmêmes se voient contestés, les hommes politiques accusés d’être pourris et menteurs, les fonctionnaires parasites, les juges et les policiers arbitraires. En Occident, le discours des autorités religieuses a aujourd’hui peu de prise sur les comportements de la grande masse des contemporains. Ceux quiétaient naguère des modèles respectés et obéis seraient désormais non seulement critiqués, mais ridicules ou méprisés : c’est le thème de la crise de l’autorité. Récemment un ministre propose de sanctionner les injures aux professeurs par des peines de prison ferme. Et la suppression des allocations familiales est censée ramener les parents démissionnaires à un meilleur exercice de leur autoritéparentale. Avant d’envisager de débattre de la pertinence de mesures de ce genre, il faudrait analyser cette notion d’autorité et la distinguer de notions voisines comme celle de pouvoir avec laquelle on la confond souvent. Une restauration de l’autorité serait-elle souhaitable et possible ? N’oublions pas que ce thème du déclin de l’autorité n’est pas nouveau. On peut même dire que la philosophiecommence, par définition, avec une contestation de l’autorité. Socrate, la figure fondatrice de la philosophie, met en question non seulement les dieux de la cité, mais aussi le pouvoir des pères sur les jeunes gens, et c’est ce qui lui vaudra d’être condamné à mort. Au XVIII° siècle, Kant avait défini le mouvement des Lumières par la critique de l’autorité, nous invitant à activer notre propreentendement, à ne pas nous reposer sur les conclusions d’autrui, à sortir de la condition de mineur conduit par ses tuteurs. Nous examinerons d’abord ce qui caractérise l’autorité, ce qui la fonde, quels sont ses effets et à quoi elle s’oppose. Puis nous verrons en quoi nous vivons une crise de l’autorité et comment elle se manifeste particulièrement dans la transformation du statut des enfants. Etnous poserons la question du sens d’une démarche qui chercherait à la restaurer sans remettre en cause l’idéal démocratique selon lequel tous les hommes sont libres et égaux en droits. I Qu’est-ce que l’autorité ?

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Pour penser la notion d’autorité, il faut d’abord la distinguer de la violence et de la force. L’autorité est liée à une hiérarchie légitime. Certes, l’autorité exerce un pouvoir,mais ce pouvoir est ressenti comme légitime, il n’est pas lié au rapport de force brut, ni à la menace explicite, ce n’est pas la peur qui motive l’obéissance. Quand un policier dégaine son arme, ce n’est pas son autorité qui arrête le délinquant. Quand un pays est occupé par des troupes ennemies, ce n’est pas l’autorité qui fait que des habitants obéissent aux ordres placardés sur les murs. Enrevanche, nous saisissons des exemples de ce qu’est l’autorité quand nous voyons un grand gaillard écouter respectueusement un vieil homme, ou des foules saluer ou obéir à un chef religieux dépourvu de moyens militaires ou financiers. Dans cette obéissance à l’autorité, il y a consentement, celui qui obéit a le sentiment de conserver sa liberté. L’autorité s’impose d’elle-même. Elle exclut l’usagede moyens extérieurs de coercition. Le pouvoir règne par la peur, par la menace de la force, tandis que l’autorité peut effacer les signes visibles de l’exercice de son pouvoir ou augmenter un pouvoir qui a besoin de faire l’économie de la force sur laquelle il repose. Si le détenteur de l’autorité est obligé de dégainer son arme, de recourir à la force, il signe l’échec de son autorité....
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